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L’autre quête identitaire

L’autre quête identitaire
Photo Agence QMI, Simon Clark

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Le droit de connaître ses origines est inclus dans la Convention internationale relative aux droits de l’enfant, signée par le Canada en 1992. La Colombie-Britannique a légiféré dès 1997. En 2017, le Québec demeure la seule province qui n’a pas encore fait sauter les verrous des dossiers d’adoption.

C’est honteux. Inacceptable. Cruel.

Un projet de loi, le troisième depuis 2012, a été déposé en octobre dernier par la ministre de la Justice Stéphanie Vallée. Si adopté, le PL 113 permettra l’accès aux dossiers d’adoption, avec quelques restrictions pour protéger le droit à la vie privée de parents biologiques pour qui la divulgation de ces informations serait catastrophique.

Mais la lenteur inexplicable du processus législatif rend son adoption moins qu’assurée. Or, le temps presse. Nos géniteurs vieillissent.

Le gouvernement attend-il qu’ils soient tous décédés avant d’agir, question de respecter malgré tout la promesse de confidentialité faite à l’époque, tout en donnant l’impression qu’on s’occupe de nous ?

Avant moi, le néant

Je suis née il y a 61 ans de père et de mère inconnus et adoptée à trois mois à Notre-Dame-de-la-Réparation. Je m’appelais Jolène. Ou pas. Les quelques renseignements qui me concernent sont probablement faux. On aimait brouiller les pistes à l’époque.

Tout ce temps n’a en rien diminué la douleur de ne pas savoir d’où je viens, qui je suis, si j’ai des frères et des sœurs qui me ressemblent et même des antécédents de santé importants à savoir.

Quand on me demande si j’ai cherché mes parents biologiques, les larmes me montent aux yeux comme un ascenseur cosmique. J’ai tout essayé : requête au Centre jeunesse, Mouvement Retrouvailles, Claire Lamarche, détective privé mais aucune piste crédible ne s’est dessinée.

«Quand les gens frappent un mur, comme toi, c’est souvent parce que c’est l’adoption a eu lieu au sein de la famille», m’avait expliqué Claire Lamarche. «Le secret est encore plus hermétique dans ces cas-là.»

Des membres de ma famille croient dur comme fer que mon père adoptif et mon père biologique n’étaient qu’une seule et même personne. J’ai même pensé faire exhumer sa dépouille mais j’avais trop peur d’être déçue. J’adorais mon père adoptif.

Le besoin de savoir et la pulsion de vivre ne font qu’un chez l’adopté. Certains acceptent mieux que d’autres leur trou noir identitaire mais Internet et l’accès facile à des services de généalogie, nous rappellent tous les jours que nous, les adoptés, sommes exclus de la quête des origines ouverte à tous.

Je songe à commander un de ces kits de recherche des origines par l’ADN annoncés à la télé américaine...

Et ça continue

Si le projet de loi 113 finit par être adopté, une autre cohorte de carencés identitaires viendra d’ici quelques années réclamer à leur tour le droit de savoir.

La loi québécoise interdit de communiquer l’identité des donneurs de gamètes dans les cas d’enfants nés par procréation assistée. Cette porte est fermée à triple tour. Pourquoi ?

Après avoir plongé 300 000 Québécois dans la noirceur identitaire pour les soustraire à la honte catholique, le Québec en remet. Au nom de quelle divinité cette fois ?