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Ne voyez-vous pas que je suis malade?

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Je suis dans l’enseignement au primaire depuis 25 ans. J’ai toujours adoré ce que je faisais. Il y a deux ans, on m’a assigné une classe d’enfants en difficulté. Pas toute la classe, mais une bonne partie. Naïve comme je suis, j’ai pensé pourvoir m’en tirer sans trop de mal. En juin dernier, j’étais sur les rotules.

Quand septembre 2016 est arrivé, je me suis retrouvée dans une situation similaire à l’an passé. J’ai traversé l’automne avec difficulté en prenant plusieurs jours de congé maladie, moi qui m’en étais toujours abstenue. Mais mon état était devenu si précaire que j’avais peine à me lever le matin.

Depuis, c’est une bataille quotidienne pour faire mon travail. J’ai consulté et on me dit que je n’ai rien. C’est vrai qu’aucun organe de mon corps n’est atteint, mais ça ne veut pas dire que je n’ai rien. Mon syndicat ne peut plus rien faire pour moi à ce qu’il semble, et je me vois contrainte de me rendre au travail chaque matin, malgré un mal qui me gruge de l’intérieur.

Je ne sais pas comment je vais parvenir à finir l’année. Et comme je n’ai personne pour me faire vivre, il faut que je tienne le coup envers et contre tout. Je me couche épuisée avec des envies de tout foutre en l’air. Au secours!

Enseignante au bout du rouleau

Je ne comprends pas qu’on ne vous ait pas diagnostiqué un burnout ou quelque désordre mental en rapport avec ce qui me semble être une dépression dans votre cas. Lors de la journée « BELL cause pour la cause » en janvier dernier, le journaliste de La Presse + Patrick Lagacée a fait un long article sur le mal qui ronge de nombreux travailleurs québécois dans lequel il interrogeait des spécialistes de la question.

L’un d’eux, le docteur Serge Marquis disait « Aujourd’hui quand le travail blesse, il blesse la plupart du temps l’organe le plus sollicité chez les travailleurs modernes : le cerveau. » Il semblerait, toujours selon le journaliste, qu’en médecine du travail, on ne fasse pas encore assez de cas des atteintes au cerveau. Ce qui mettrait les travailleurs dans une position d’isolement.

Toujours dans le même article, le Docteur Pascal Breault ajoutait : « Mais pendant qu’on rapporte à l’individu la responsabilité de sa santé mentale, on oublie le système qui lui, ne fait pas beaucoup d’efforts pour changer ce qui est un problème de ressources humaines et de gros bon sens. » En conséquence, je trouve incroyable que votre syndicat ne fasse rien pour vous. À votre place, je mettrais mes forces restantes à me défendre plutôt qu’à endurer l’inacceptable.