/opinion/blogs/columnists
Navigation

Dans le monde parallèle du magazine Maclean’s

Le controversé numéro de la revue MacLean's s'est même rendu à l'Hôtel de ville de Quebec où se tenait la rencontre des maires de l'est du Québec.
© Karl Tremblay L'incorrigible magazine Maclean's...

Coup d'oeil sur cet article

Lorsqu’il est question du Québec, le magazine Maclean’s est incorrigible.

Il aime bien tartiner ça épais dans le département des préjugés contre «la Belle province» (à prononcer à l'anglaise, s-v-p) et ses pauvres habitants un brin cul-terreux. Bref, sur ces Québécois tellement moins sophistiqués, intègres, ouverts sur le monde et postmodernes que les Torontois.

Cela dit, trêve de renvoi de clichés éculés.

Qui peut oublier sa «une» légendaire de 2010 montrant le Bonhomme Carnaval portant des valises débordantes d’argent comptant. Le tout, coiffé d'un titre d’une extrême subtilité toute torontoise : «Quebec : The most corrupt province».

Bizarre tout de même que l’auguste magazine d’outre-Outaouais n’ait pas daigné se donner un titre tout aussi sensationnaliste, mais tout de même moins fake news pour 2010. Du genre : «The most corrupt government in Canada».

Cette fois-ci, il récidive avec un texte signé par Andrew Potter, nul autre que le directeur de l’auguste McGill Institute for the Study of Canada, à l’université montréalaise du même nom.

Il faut dire qu’à la décharge du magazine dont les bureaux sont situés, bien ironiquement , sur le chemin Mount Pleasant à Toronto, les «patrons» du magazine ne doivent peut-être pas visiter Montréal très souvent. Après tout, il paraît - mais ce n'est qu'une vague rumeur -, qu'il y reste encore quelques radicaux libres qui parlent français...

Dans un long texte du MacLean's qui, depuis sa mise en ligne, décroche de nombreuses mâchoires jusqu'à l'Assemblée nationale, M. Potter épilogue sur les causes réelles, selon lui, du cafouillage entourant le naufrage de centaines de personne sur l’autoroute 13 en pleine nuit et en pleine tempête de neige majeure.

Venant d’un éminent directeur d’un tout aussi éminent institut universitaire, on se serait attendu à une fine analyse politique. Eh non. Naïfs indécrottables que nous sommes dans «la Belle province».

En lieu et place – vous pouvez lire l’article ici -, on a droit à une bouillabaisse de psycho-sociologico-historico-n’importe-quoi qu’on peut résumer ainsi: si cafouillage majeur il y a eu, c’est avant tout parce que le Québec tremperait depuis longtemps dans un profond malaise social qui menace de détruire les fondements mêmes de la société québécoise.

Ouf....

J’en connais au moins deux – soit les ministres Laurent Lessard et Martin Coiteux -, qui doivent être bien soulagés de se voir libérés ainsi de leur propre responsabilité dans ce fiasco...

Le texte de M. Potter – ne retenez pas votre souffle pour le Prix Pulitzer -, va même plus loin.

Comparé au reste du Canada, écrit-il, le Québec serait une société quasi pathologiquement aliénée où la confiance mutuelle est inexistante. Re-ouf...

Encore ce beau sentiment de supériorité morale que l’on prête tant au «reste du Canada».

Dans ce Québec qu’il dépeint comme étant dénué de tout sens de solidarité humaine, à Montréal – cette sacrée ville de perdition -, ce serait même encore pire!

Et de quelques exemples bien sentis : des policiers et des ambulanciers en pantalons de clown; tout plein de restaurants qui offriraient des factures différentes à leurs clients selon qu’ils paient par crédit ou argent comptant; des garagistes, des médecins de famille et des cliniques de radiologie insisteraient aussi pour être payés en argent sonnant; même les guichets automatiques distribueraient de manière routinière des coupures de 50 dollars parce que tout le monde les accepte, etc...

N'en jetez plus, la cour à ordures est déjà pleine.

En d’autres termes, c’est vraiment fou comment se construit le monde parallèle du Maclean’s dès qu’il est question du Québec.

Ai-je vraiment besoin de répondre à chacun des exemples? Non? Merci de m’en soulager.

Une seule chose, par contre.

Je suis née à Montréal et j’y vis depuis. Et très franchement - juré sur la tête de mon panda en peluche -, des guichets qui crachent des 50$ à volonté et plein de restos à double facturation, entre autres lubies, je n’en ai pas encore vu.

Et l’auteur Andrew Potter de poursuivre.

Le Québec croulerait aussi sous le travail au noir; ses habitants auraient peu d’amis et de réseaux familiaux; ils feraient nettement moins de bénévolat et feraient peu confiance aux autres, etc.

Et mon passage préféré (vraiment, celui-là, je l'encadre!) : «il arrive un moment où le charme et le caractère unique (de la société québécoise) trahissent une sérieux dysfonctionnement et où la légendaire joie de vivre prend des airs de nihilisme».

Tonnerre de Brest! Les Québécois seraient donc des «nihilistes». Enfin, le mystère de Québec – que dis-je, de tout le Québec -, est résolu pour de bon par Andrew Potter! 

***

Cela dit, vous vous demandez sûrement ce que ce magnifique récit cousu de fil blanc hallucinogène peut bien avoir avec la gestion politique ratée d’une tempête de neige?

Je vous aime, vous, avec vos questions. Vous avez tellement raison. C'est en effet LA question à poser.

Juste pour vous, voici la réponse du grand auteur du Maclean’s (en traduction libre, il va sans dire) :

«Et là, une tempête hivernale majeure frappe et la décomposition sociale s’installe à tous les niveaux. À la fin, quelques camionneurs refusent le remorquage de leur camion et il n’y a personne de responsable pour les obliger à s’enlever de l’autoroute. La route est bloquée, des centaines de voitures sont abandonnées et quelques personnes passent la nuit dans leur auto, sans essence et avec personne pour les aider

La «décomposition sociale»? S’agissait juste d’y penser. Le Québec est une société en décomposition. Wow. Ça sent le Prix Nobel de littérature à plein nez.

Et moi qui pensais que c’était la faute de l’absence scandaleuse de gestion politique des ministres des Transports et de la Sécurité publique.

Eh bien, savez-vous quoi? Malgré l’épître surréaliste du Maclean’s, je le pense encore...

***

La fin du récit

Coup de théâtre!

Juste comme on apprenait que nous étions tous de fieffés paysans nihilistes et corrompus jusqu’à l’os, voilà que l’auteur, Andrew Potter s’en excuse sur sa page Facebook.

Même l’Université McGill, sur son fil twitter, s’est dissociée des propos de son savant professeur.

Sur ce, en tant que politologue et chroniqueure politique, vous me permettrez un humble conseil à M. Potter :

Avant de tremper sa plume dans le fiel et les «faits alternatifs» /sic/ pour mieux verser dans de vastes généralisations qu'on fait passer pour de savantes méta-analyses, check your facts.

Merci tout de même pour les excuses. Nous les acceptons volontiers .

On ne peut malheureusement pas en dire autant du Maclean’s pour ses réflexes trop souvent pavloviens sur le Québec.