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La petite Anne «rides again»

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Même la princesse Anne d’Angleterre est moins connue qu’Anne aux pignons verts. Vous n’avez pas vu la petite orpheline de l’Île-du-Prince-Édouard, dimanche soir, à la CBC? Vite, allez sur CBC.ca. Vous passerez une heure et demie exceptionnelle. La nouvelle série de Netflix et de Radio-Canada sur l’héroïne de Lucy Maud Mongomery distille un charme irrésistible.

Ce remake d’Anne of Green Gables (Anne... la maison aux pignons verts) doit presque tout à une adolescente de la petite ville de Donegan, en Irlande, qui s’appelle Amybeth McNulty. Par sa mère, née à Calgary, Amybeth est également canadienne.

Cette petite bonne femme de 15 ans (elle en avait 14 au moment du tournage) porte sur ses épaules tout l’épisode d’ouverture qui dure une heure et demie. Non seulement elle tire son épingle du jeu devant des acteurs émérites comme la Britannique Geraldine James (The Girl With the Dragon Tatoo) et Robert Thomson, prix du gouverneur général en 2015, mais elle leur vole la vedette. Même si la production l’a un peu enlaidie pour les besoins du rôle, sa vivacité et sa bonhomie drainent toute l’attention.

DANS LA POTION MAGIQUE

Comme Sophie Nélisse, Amybeth est tombée dans la potion magi­que dès la naissance. Et pas à peu près. Dans la série, la jeune actri­ce passe par mille émotions et nous entraîne avec elle dans tous ses changements d’humeur. Qu’elle soit en colère, romantique, triste, pensive ou simplement amusée, Amybeth est toujours crédible. Grâce à elle, Moira Walley-Beckett (prix Emmy pour Breaking Bad), l’auteure de l’adaptation, nous tient en haleine malgré une intrigue d’une simplicité désarmante. Amybeth McNulty est déjà une interprète accomplie et d’une intelligence peu commune. Tout un phénomène.

Plus d’un voudra attendre que la série soit disponible en entier sur Netflix pour la visionner sans interruptions publicitaires. Les impatients comme moi pourront voir le deuxième épisode à la CBC le 2 avril à 20 h, et même revoir le premier épisode à 18 h.

JEUNE ET ACTUELLE

Anne... la maison aux pignons verts a donné lieu à des dizaines d’adaptations en plusieurs langues. Cette dernière version redonne à l’œuvre un air de jeunesse et une actualité surprenante. Le personnage d’Anne Shirley s’insurge contre le harcèlement, se bat contre les préjugés, s’affirme comme fille et fait des pieds et des mains pour qu’on l’accepte dans le milieu hostile où on l’a transplantée par erreur.

L’adaptation s’applique à faire ressortir le caractère universel des personnages de Maud Montgomery. En regardant Anne, je n’ai pu m’empêcher de penser aux séries qu’on pourrait produire en s’inspirant de personnages comme Séraphin Poudrier, Hiawatha, Maria Chapdelaine, Évangéline et combien d’autres nés sous la plume d’auteurs comme Margaret Atwood, Antonine Maillet ou Alice Munro. Sans parler de personnages historiques hors normes comme Champlain, Pierre d’Iberville, La Fayette et d’autres.

DE L’AUDACE, S’IL VOUS PLAÎT !

Trop longtemps repliée sur elle-même, notre télévision doit s’ouvrir et rayonner à travers le monde. Nos auteurs doivent développer le caractère universel de leurs personnages, oublier le folklore et leur québécitude. Quant aux producteurs, qu’ils se montrent plus audacieux et cessent de se contenter du petit pain qu’on leur offre.

Jamais je n’aurais écrit pareil sacrilège il y a un an ou même six mois, mais s’il faut coproduire avec Netflix ou Amazon pour que nos séries aient le rayonnement qu’elles méritent, eh bien, qu’on le fasse!

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

Alex Harvey, le vainqueur des plaines d’Abraham, pourrait-il communiquer avec moi? – Le marquis de Montcalm.