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200 000 voitures de plus sur les routes de la région de Montréal

La forte hausse des véhicules depuis 5 ans accroît les bouchons et les temps de trajet

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Les automobilistes restent coincés dans des embouteillages plus longtemps et sur un plus long trajet parce que 200 000 voitures de plus circulent sur l’île et autour de Montréal depuis cinq ans.

De 2011 à 2016, le nombre de véhicules a bondi de 7 % dans les régions de Montréal, Laval, Montérégie, Laurentides et Lanaudière, selon les immatriculations fournies par la SAAQ, qui montrent que le parc automobile ne cesse d’augmenter.

D’ailleurs, le nombre de voitures dépasse le million pour la première fois en Montérégie. L’augmentation se chiffre même à plus de 20 % en 10 ans sur la Rive-Nord.

«En partant de Mirabel à l’heure de pointe, au lieu d’attraper un bouchon à Laval sur la 440, les automobilistes sont pris bien avant Blainville, vis-à-vis de la 50», constate par exemple le chroniqueur de circulation à la retraite Pierre Lacasse, qui a guidé pendant près de 30 ans ses auditeurs.

Le nombre toujours grandissant de véhicules ne fait aucun doute, selon lui, sur les routes et les entrées des ponts «bouchonnées» de plus en plus longtemps.

En ondes à Circulation 730, le chroniqueur Jeffrey Subranni remarque lui aussi que les embouteillages s’étirent et se produisent simultanément sur plusieurs routes. «À toute heure du jour, maintenant, il y a des congestions», ajoute-t-il.

Plus que d’habitants

Le nombre de voitures a d’ailleurs augmenté pres­que deux fois plus que le nombre d’habitants dans la région métropolitaine de Montréal au cours de cette période.

«À l’exception de l’île de Montréal, le nombre de véhicules augmente plus vite que le nombre d’habitants partout au Québec», remarque le professeur Pierre-Olivier Pineau des HEC Montréal.

Pas étonnant que la CAA-Québec évaluait récemment que l’engorgement à Montréal avait fait perdre 75 millions d’heures aux automobilistes et entraîné une surconsommation de 7 millions de litres de carburant.

Malgré ces statistiques accablantes, la voiture demeure l’option «la plus pratique, la plus rapide et celle qui offre le plus de liberté» pour les travailleurs, selon la porte-parole de la CAA-Québec, Annie Gauthier.

14 millions de sièges vides

«Il manque de solutions de rechange efficaces et concurrentielles à la voiture», dénonce quant à lui Félix Gravel, du Conseil régional de l’environnement de Montréal, qui milite pour un meilleur financement du transport en commun.

Son organisme estime qu’il n’y a pas moins de 14 millions de sièges vides dans les voitures coincées dans le trafic à Montréal aux heures de pointe puisqu’une majorité d’automobilistes roulent seuls.

La solution, dit-il, serait le covoiturage encouragé par des voies réservées.

Par ailleurs, le porte-parole Martin Girard assure que le ministère des Transports essaie constamment d’améliorer la fluidité sur le réseau routier.

Toujours plus de VUS sur les routes

Les Québécois délaissent de plus en plus leur auto au profit d’un VUS. Les camions légers sont 30 % plus nombreux sur les routes depui­s cinq ans dans la province, selon les immatriculations fournies par la SAAQ.

«On paye très cher pour acheter de plus gros véhicules, qui restent plus souvent pris dans la congestion, qui nous font perdre de l’argent et qui polluent plus que nécessaire», déplo­re le professeur Pierre-Olivier Pineau, des HEC Montréal.

Sur l’île de Montréal et en Montérégie, par exemple, le nombre de voitures a légèrement baissé de 2011 à 2016, mais on y trouve 75 000 VUS de plus.

La région des Laurentides a quant à elle vu apparaître 10 fois plus de VUS que de voitures pendant ces mêmes cinq années.

Essence

«Non seulement il y a plus de véhicules, mais il y a de plus gros véhicules et ça a un impact, car ce n’est pas la même chose d’avoir 10 Nissan Micra et 10 Ford Explorer sur la route», dit M. Pineau, de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie.

«[Les VUS] consomment davantage que des autos de modèles récents, mais les nouveaux VUS consomment autant que les ancien­nes autos. C’est un des facteurs qui favorisent leur achat», poursuit-il, ajoutant que cette hausse n’aide en rien à freiner la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Sécurité

Pour le professeur de génie civil à Polytechnique, Nicolas Saunier, la popularité des VUS peut être liée à un désir de sécurité, notamment celui d’être plus gros sur les routes bondées et dont la détérioration est souvent décriée.

«C’est aussi comme une course aux armements, si mon voisin est armé, je veux me protéger et m’armer à mon tour», dit-il, pour illustrer son propos.

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