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Denis Coderre demande aux cols bleus de faire le ménage

Le maire de Montréal ne veut plus de la culture des pots-de-vin à la Ville

Ex-col bleu de Ville-Marie, Pierre-Yves Simard a écopé d’une peine suspendue assortie d’une probation de deux ans pour fraude envers le gouvernement.
Photo archives Pierre-Paul Poulin Ex-col bleu de Ville-Marie, Pierre-Yves Simard a écopé d’une peine suspendue assortie d’une probation de deux ans pour fraude envers le gouvernement.

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Le maire de Montréal, Denis Coderre, demande au Syndicat des Cols bleus de faire le ménage au sein de ses membres pour mettre fin à la culture des pots-de-vin à la Ville de Montréal.

Hier, deux entrepreneurs révélaient dans nos pages avoir payé des pots-de-vin, appelés «pourboires», à des cols bleus. L’un d’eux a affirmé en avoir versé dans au moins quatre arrondissements différents.

Questionné en point de presse, le maire Coderre a qualifié la situation d’inacceptable et a pointé du doigt le Syndicat des Cols bleus.

«Le syndicat qui disait non à la corruption et qui traitait les politiciens de toutes les sortes... C’est leurs propres cols bleus. Peut-être que le syndicat devrait parler à ses membres», a-t-il lancé.

«La corruption sous toutes ses formes doit être bannie (...) Les entrepreneurs n’ont pas à payer une cent aux cols bleus pour avoir un service plus rapide. Il n’y a pas deux poids, deux mesures. Moi, la corruption, c’est tolérance zéro», a-t-il affirmé

Le Syndicat des Cols bleus n’a pas voulu faire de commentaires hier.

Enquête questionnée

Ex-cols bleus des arrondissements Ahuntsic-Cartierville et Ville-Marie, Yves Deraiche et Pierre-Yves Simard ont été condamnés en février à une peine suspendue assortie d’une probation de deux ans pour fraude envers le gouvernement.

À la suite de leur arrestation en octobre dernier, le maire Coderre avait commandé une enquête élargie au contrôleur général sur la question des pots-de-vin.

Or, selon nos sources, les collègues de M. Simard, à l’arrondissement Ville-Marie, n’ont pas été rencontrés par le contrôleur général.

«Pour faire une vraie enquête, il aurait fallu rencontrer tous les employés de l’aqueduc pour leur demander s’ils étaient au courant de quelque chose (...) Il n’y a rien de ça qui a été fait. Aucun col bleu ou contremaître n’a été rencontré», affirme un employé qui a exigé l’anonymat.

Le contrôleur général a décliné notre demande d’entrevue, car il «ne commente pas publiquement les mandats dont il peut être saisi».

La Ville s’est contentée d’indiquer par courriel que ce dernier reconnaît que les pratiques de pots-de-vin pourraient constituer «un risque potentiel» au sein de l’administration montréalaise.

Impossible donc de savoir comment le contrôleur mène ses vérifications et combien de personnes il aurait rencontrées jusqu’à maintenant.

L’opposition inquiète

Hier, l’opposition officielle à Montréal a critiqué la réponse «tout à fait inadéquate» de la Ville aux problèmes de corruption de ses cols bleus.

«Ça me désole que, quatre ans après la commission Charbonneau, la Ville prenne ce problème aussi peu au sérieux. Ça envoie un mauvais message aux Montréalais. Ça encourage le cynisme et décourage de porter plainte», a indiqué le porte-parole de Projet Montréal en matière de sécurité publique, Alex Norris.

«On veut savoir quelles vérifications sont faites par le contrôleur général», a-t-il ajouté, invitant du même coup le Syndicat des Cols bleus à «collaborer».

Son parti entend d’ailleurs demander officiellement que le contrôleur général dépose un rapport sur la problématique des pots-de-vin au conseil municipal.