/opinion/columnists
Navigation

De Jacques Parizeau à Elvis Gratton

MacCleans
Photo capture d'écran McGill Andrew Potter

Coup d'oeil sur cet article

Si vous n’êtes pas dans le coma depuis 24 heures, vous avez entendu parler d’Andrew­­ Potter.

Ce journaliste anglophone publie dans le magazine McLean’s un article sur le Québec contenant du vrai, du discutable et de l’absurde.

Devant le tollé, il s’excuse, mais pas la revue.

Soupe

L’idée centrale de Potter est que le chaos suscité par la méga-tempête de neige est un révélateur­­ d’une société­­ québécoise «nihiliste­­» et «pathologiquement aliénée».

Puis viennent les «exemples», et c’est là qu’il part dans toutes les directions­­.

Il est vrai que les pantalons multicolores des policiers reflètent un manque de respect pour les institutions navrant de leur part et de tous ceux qui trouvent que c’est sans importance.

Il est faux que nos guichets automatiques «échappent» des billets de 50 $ ou que les restaurateurs proposent régulièrement de nous faire payer au noir.

Le cafouillage sur l’autoroute 13 a surtout montré l’incompétence radicale des autorités, mais pas l’absence de solidarité des gens.

Je prends cependant appui sur ce texte pour risquer une hypothèse personnelle­­.

Le Québec-bashing par des Anglo-Canadiens connus a une longue histoire­­: Mordecai Richler, Jan Wong, Barbara Kay, Don Cherry, le McLean’s à diverses reprises, etc.

Cela remonte à l’infâme Adam Thom, le rédacteur en chef du Montreal­­ Herald, le journal le plus radicalement­­ antipatriote au moment des affrontements armés de 1837.

Voilà ceux que l’histoire a retenus, mais on ne compte plus les reportages tendancieux passés totalement inaperçus­­, justement parce que leur fréquence finit par les banaliser.

Mon hypothèse est la suivante: en schématisant, on peut insulter quelqu’un­­ pour deux grandes raisons.

On peut insulter quelqu’un parce qu’il vous inquiète, qu’il vous menace, qu’il vous fait peur. Vous ne savez pas trop comment le prendre.

C’est l’insécurité qui mène à l’insulte­­ et au dénigrement.

Mais on peut aussi insulter quelqu’un­­ parce qu’on sait qu’il ne ripostera pas.

C’est comme cracher sur quelqu’un qui est à terre. On fait le fanfaron devant­­ un inoffensif. C’est de l’intimidation de cour d’école.

L’insulte est alors motivée davan­tage par le mépris que par la peur.

Inoffensif

Jacques Parizeau fut indiscuta­blement l’homme politique québécois le plus insulté, le plus calomnié, le plus diabolisé par le Canada anglais depuis Papineau.

Pourquoi, pensez-vous? Parce qu’il faisait peur.

Le Canada anglais avait devant lui un Québécois qui ne prenait pas son trou, qui n’avait peur de personne, qui ne souffrait d’aucun complexe, qui ne reculait pas.

On le faisait donc passer pour un monstre.

Quand Lucien Bouchard était premier­­ ministre du Québec, Lawrence­­ Martin avait publié une biographie­­ de lui contenant une délirante pseudo-analyse psychiatrique à distance menée par Vivian Rakoff.

On le diabolisait... parce qu’on le craignait.

Aujourd’hui, ce Québec-bashing se poursuit, mais ses fondements ont changé.

Aujourd’hui, des Canadiens anglais nous dénigrent parce qu’ils ne nous respectent plus.

On nous dénigre parce que nous ne faisons plus peur.

On nous dénigre parce qu’on sent que le Québec d’aujourd’hui jappe, mais ne mord plus.