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Rien de rassurant

Rien de rassurant
Photo Simon Clark

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Les grands patrons informatiques du gouvernement déplient trois milliards de dollars par année...et admettent ne pas vraiment être capables de surveiller l’efficacité de ces dépenses.

 

Le constat peu rassurant est exposé dans le dernier chapitre du rapport de la Vérificatrice générale, Guylaine Leclerc. Il a été déposé mercredi.

 

Durant les séances publiques, les hauts gestionnaires sont toujours très reconnaissants à l’endroit de la VG et la remercient pour ses précieuses recommandations. Mais dans les coulisses, c’est bien différent. Depuis son arrivée à l’hiver 2015, Mme Leclerc a publié des rapports cinglants qui ont brassé la cage dans le domaine de l’informatique gouvernementale. Des gestionnaires ont eu à rendre des comptes en raison de ces découvertes. Ses constats dérangent et peuvent perturber une situation confortable. En privé d’ailleurs, nos sources racontent plutôt que certains hauts gestionnaires tentent de minimiser l’ampleur des constats et de chercher des failles dans l’analyse de Mme Leclerc.

 

Une autoévaluation

Mais parmi les gestionnaires, qui osera contester le rapport déposé mercredi? Personne! Puisque les constats ne viennent précisément pas de la VG mais des gestionnaires eux-mêmes. C’était plutôt une autoévaluation réalisée par les ministères et organismes. 44 d’entre eux ont été consultés. La VG ne fait que rapporter leur analyse de la situation. C’est la haute direction et le premier dirigeant en informatique de chaque organisme qui étaient sondés.

 

Pour la création et l’exécution des projets informatiques, le rapport indique qu’il n’y a pas vraiment de problèmes. De bonnes idées pour dépenser, il y en a plein. Mais quant à la surveillance, à la planification et à la gouvernance, des organismes se jugent «vulnérables». Voici quelques constats :

 

Surveillance

Le sondage est préoccupant : « Les entités disent éprouver des difficultés en matière de surveillance de la performance des TI (technologies de l’information)».

 

Gouvernance

Ils «estiment ne pas avoir l’assurance que le système de gouvernance lié aux TI fonctionne efficacement». À l’été 2015, alors qu’il était président du Conseil du trésor, Martin Coiteux soulignait que «chacun fait sa petite affaire dans son coin et on attend à la fin de l’année combien d’argent a été dépensé» et qu’«il n’y pas de directives claires» dans la gestion informatique. Le rapport du VG démontre donc qu’il avait tout fait raison.

 

L’alignement stratégique est manquant. D’ailleurs, une phrase du rapport ne plaira certainement pas aux gestionnaires aux commandes de la stratégie sur les TI. «La responsabilité de la livraison de la stratégie liée au TI ne semble pas attribuée à quelqu’un.»

 

Justification des dépenses

Même les patrons informatiques ne sont pas certains que chaque dépense en vaille le cout : les ministères et organismes estiment aussi ne pas avoir l’assurance que «chacun des investissements génère une valeur optimale, que les risques critiques liés aux TI sont gérés efficacement et que leur impact est connu, que les besoins en ressources sont comblés efficacement et que celles-ci sont utilisées de façon optimale».

 

Innovation

Dans un monde aussi innovateur que les technologies, les entités évaluent que « l’innovation semble peu encouragée», lit-on dans le rapport.

 

Contrôle

Les gestionnaires ne sont pas non plus convaincus de l’efficacité de leurs propres mécanismes de contrôle : « le système de contrôle interne ne semble pas être validé de manière indé­pendante pour s'assurer qu’il est opérationnel et efficace».