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Un cas qui ressemble à beaucoup d’autres

Des victimes peinent à être protégées par la police

Stéphanie Peddie et Sophie Savard
Photo Frédérique Giguère Stéphanie Peddie et Sophie Savard, deux collègues et amies de la victime Daphné Huard-Boudreault au dépanneur Beau-Soir d'Otterburn Park où elles travaillent. Les deux jeunes femmes ont été parmi les dernières personnes à l’avoir vue vivante.

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Aussi choquants soient-ils, les cas de femmes brutalisées malgré un appel à la police sont encore fréquents au Québec, dénoncent des intervenantes en violence conjugale.

«On est à l’envers. Je suis choquée, mais pas étonnée, parce que des cas comme ça, on en voit régulièrement», déplore Nathalie Villeneuve de la Maison Hina, à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Daphné Huard-Boudreault, 18 ans, a été retrouvée morte mercredi à Mont-Saint-Hilaire. Quelques heures plus tôt, elle aurait contacté la police, craignant pour sa sécurité à la suite d’une récente séparation. Selon une collègue, les policiers lui auraient dit qu’ils ne pouvaient rien faire pour elle.

«Pour éviter d’autres morts, il est nécessaire d’identifier les mailles dans le filet de sécurité et d’améliorer la pratique policière», affirme Sylvie Langlais, présidente du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.

Soixante textos par jour

«Ce n’est pas que les policiers ne veulent pas aider, mais souvent, ils ont les mains liées. Les femmes doivent prouver hors de tout doute qu’elles sont en danger», abonde Mme Villeneuve.

Par exemple, quand vient le temps de se retrouver en présence de l’homme pour chercher des effets personnels, les femmes peinent à convaincre les policiers de les accompagner. «C’est toujours une bataille», soupire-t-elle.

Nathalie Villeneuve, Maison Hina
Photo Dominique Scali
Nathalie Villeneuve, Maison Hina

«Il y a des femmes qui reçoivent 60 messages texte par jour [de leur ex-conjoint], mais ce qu’elles se font dire par les policiers, c’est de continuer de prendre ça en note», remarque Mme Villeneuve.

«Ce n’est pas hors norme, cette histoire-là, ce n’est pas spectaculaire, dans le sens que ça arrive souvent», constate aussi Frédéric Ouellet, criminologue.

Impuissance

Les intervenantes interrogées par Le Journal se sentent d’ailleurs souvent impuissantes. «Ça fait 30 ans que je travaille auprès des femmes violentées et ça fait 30 ans que la police n’agit pas comme [elle] devrait», s’impatiente Rosa Miranda, du centre Multi-Femmes à Montréal.

Il existe pourtant des directives claires sur la manière d’intervenir, indique Manon Monastesse, de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes.

«Dans ce cas-ci, on peut croire qu’il y a eu de sérieux manquements», dit-elle.

«Et même en supposant que les policiers ne pouvaient pas agir, ont-ils dirigé la jeune femme vers un organisme qui aurait pu élaborer avec elle un scénario de sécurité?» questionne Mme Langlais.

Avec la collaboration de Valérie Gonthier