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Dépenses excessives: la présidente des cols bleus Chantal Racette devra s’expliquer

Des membres de l’exécutif lui reprochent son utilisation de la caisse

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Photo Agence QMI, Toma Iczkovits Critiquée par une partie de son exécutif, la présidente des cols bleus, Chantal Racette, a fait l’objet de deux votes de confiance de ses membres depuis décembre dernier.

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Critiquée par des membres de son exécutif pour des dépenses jugées excessives, la présidente des cols bleus de Montréal Chantal Racette devra s’expliquer lundi devant sa centrale syndicale, a appris notre Bureau d’enquête.

La colère gronde dans les rangs du Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal. Selon plusieurs sources, une réunion du comité exécutif s’est terminée au beau milieu de la nuit la semaine dernière, après des heures de discussions musclées. Les allégations non prouvées à l’heure actuelle, qui ont été répétées en conseil syndical lundi, sont les suivantes:

♦ Chantal Racette et le secrétaire-trésorier Jacques Rochon se rembourseraient les cotisations personnelles à leur fonds de retraite, à même la caisse des cols bleus.

♦ L’ex-président Jean Lapierre bénéficierait depuis peu du régime d’assurances collectives des employés de bureau du syndicat, à l’insu de tous.

♦ Mme Racette toucherait une allocation de plus de 1200 $ par mois pour sa voiture, alors que la somme normalement prévue serait d’environ 748 $.

Cols bleus en colère

Trois directeurs syndicaux en colère se sont confiés au Bureau d’enquête en exigeant l’anonymat, par peur de représailles.

«On est en maudit. C’est notre argent. On veut des réponses. C’est irrégulier», a indiqué l’un d’entre eux, accusant sa présidente de faire des «dépenses cachées».

«Jean Lapierre est partout. C’est lui qui décide de tout. Mais pourtant, officiellement, il ne fait plus partie du syndicat. On ne comprend pas», a indiqué un autre col bleu joint au téléphone.

Le syndicat a refusé de nous accorder une entrevue à ce sujet. Le porte-parole André Lepage a refusé d’infirmer ou de confirmer ces allégations. «C’est de la régie interne. Tout cela est régi par les statuts et règlements de notre section locale», a-t-il dit.

Or, selon nos informations, c’est justement pour vérifier que tout est conforme que le président national du Syndicat canadien de la fonction publique, Mark Hancock, a convoqué une rencontre lundi prochain avec l’exécutif des cols bleus. Il souhaite également obtenir des réponses sur l’ensemble des déboires qui ont touché le local 301 au cours des derniers mois.

Du jamais-vu, dit l’ex-président

Contacté au téléphone, l’ex-président du syndicat Michel Parent, qui était au courant de ces allégations, a déclaré que tout cela lui semblait irrégulier et qu’il n’avait jamais «vu ça» auparavant.

«Ce qui est grave, c’est que tout cela soit caché. Toutes les dépenses importantes doivent être approuvées en assemblée générale», a affirmé celui qui avait été évincé et remplacé par Mme Racette en mars 2015.

M. Parent a confirmé qu’il ne s’était jamais fait rembourser de cotisations à son régime de retraite et que M. Lapierre ne bénéficiait pas de couverture médicale lorsqu’il était à la tête du syndicat.

M. Lapierre n’a pas répondu à nos appels.

Les déboires du local 301

3 décembre 2016

Le Journal révèle que Chantal Racette a fait installer des mouchards sur les automobiles de deux directeurs syndicaux afin d’épier leurs déplacements.

10 décembre 2016

Les cols bleus désavouent leur présidente à 50,6 % lors d’un vote de confiance, mais celle-ci reste en poste.

10 janvier 2017

Dépôt d’une pétition de 663 cols bleus exigeant la tenue d’un vote officiel de destitution.

11 janvier 2017

Mme Racette remporte à 66 % un deuxième vote de confiance, qu’elle avait elle-même convoqué.

20 janvier

Plusieurs cols bleus critiquent la manière dont le dernier vote a eu lieu. Une nouvelle pétition de destitution comprenant 1313 signatures est déposée.

Des dépenses controversées

Remboursement à même les cotisations

Selon les différents témoignages recueillis, c’est le vice-président du syndicat, Michel Martin, qui aurait découvert que Chantal Racette et le trésorier Jacques Rochon utilisaient la caisse des cols bleus pour payer leurs cotisations personnelles à leur fonds de pension. On aurait par la suite offert à M. Martin de bénéficier du même traitement. Notre Bureau d’enquête a obtenu copie d’un chèque de 6095 $ adressé à M. Martin pour «remboursement de la déduction pour fonds de pension», chèque qui a été refusé par M. Martin.

Couverture médicale pour l’ex-président

Nous avons obtenu copie de la liste des employés de bureau du syndicat qui bénéficient d’assurances payées par le syndicat. Le nom de l’ex-président syndical Jean Lapierre y figure. En conseil syndical, Mme Racette aurait indiqué que c’était une demande «personnelle» de M. Lapierre et qu’il remboursait le tout à la fin de l’année. La preuve de remboursement n’a toutefois pas encore été montrée aux directeurs syndicaux.

Généreuse prime pour son auto

Selon les statuts et règlements du syndicat, l’allocation automobile versée à la présidence doit être la même que celle de son adjoint et vice-président. Or, des directeurs syndicaux avancent un chiffre de 1252 $ par mois pour Mme Racette comparativement à environ 748 $ pour son vice-président.

- avec la collaboration de Christopher Nardi

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