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Les leçons oubliées de l’«affaire» Michaud

Les leçons oubliées de l’«affaire» Michaud
Photo d'archives

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Un texte hallucinant sur un Québec «pathologiquement aliéné» paru dans le magazine MacLean’s vient de coûter cher à son auteur. Critiqué de toutes parts, Andrew Potter démissionne de la direction de l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill.

Face à la controverse soulevée par son texte, M. Potter s’était pourtant rétracté et excusé sur-le-champ. Un geste déjà rare en soi et, de fait, tout à son honneur. Certains se réjouiront peut-être de la démission de M. Potter. Après sa rétractation, la saga aurait dû néanmoins s’arrêter là.

Dans sa lettre de démission, il conclut toutefois que la «crédibilité» de l’Institut d’études canadiennes serait «mieux servie» par son départ. Ex-journaliste et docteur en philosophie, il demeure professeur à McGill.

Liberté académique

S’il s’avère que M. Potter démissionne de son propre gré, c’est une chose. À l’opposé, si McGill l’a poussé à le faire, de sérieuses questions se poseraient à l’université sur sa conception de la liberté académique. D’autant plus que le jour même de la controverse, McGill s’était dissociée des propos de M. Potter.

Or, comme l’a déjà expliqué le professeur Pierre Trudel au Journal, «la liberté académique, à l’instar de la liberté d’expression, existe afin de protéger, non pas les idées qui font consensus, mais les propos qui s’éloignent des positions les plus généralement partagées. [...] C’est uniquement lorsque des propos contreviennent à une loi qu’il y a un devoir de les faire cesser.»

Les universités ont le devoir de protéger la liberté académique. Le texte de M. Potter, si choquant fût-il, ne viole aucune loi. Qui plus est, dans une société libre, les propos controversés peuvent s’exprimer. Tout comme ceux qui les réfutent ont l’ample liberté de répliquer. Je l’avais d’ailleurs fait moi-même sur mon blogue.

Cela s’appelle un débat. Et c’est précisément ce qui s’est passé autour du texte d’Andrew Potter. Y compris pour ses excuses rapides et senties.

Combat inégal

Parlant de liberté d’expression, on a beau se jurer «Charlie», les dérapages ne sont jamais très loin dans ce département. Que ce soit Philippe Couillard se plaignant d’une caricature. Ou encore, ces fameuses motions de blâme que des élus présentent au parlement pour «dénoncer» les propos d’un citoyen.

Le Bloc québécois a tenté de le faire contre Andrew Potter. En février, idem pour un article similaire du Washington Post. En 2010, le parlement fédéral condamnait l’article du Maclean’s présentant le Québec comme la province la plus corrompue du Canada.

À l’Assemblée nationale, les motions de blâme n’ont pas manqué non plus. La plus connue étant celle votée à l’unanimité en décembre 2000 contre des propos controversés de l’ex-député Yves Michaud. Dans les faits, une sale opération de lynchage politique.

Conclusion: en démocratie, les élus ne devraient jamais user de leur autorité démesurée pour condamner par motion les propos controversés d’un citoyen. Le combat est trop inégal.

Malheureusement, force est de constater que certains élus n’ont rien retenu des leçons de l’«affaire» Michaud.