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Les voisins veulent la démolition

Le résident de L’Île-Bizard va porter la cause en appel parce qu’il refuse de détruire sa résidence de 1,5 M$

Les voisins veulent la démolition
Photo Améli Pineda

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Un juge vient d’ordonner à un résident de L’Île-Bizard de démolir sa luxueuse maison neuve de 1,5 million de dollars parce que la Ville n’avait pas le droit de lui permettre de la construire.

«C’est un cauchemar. C’est la maison de mes rêves. J’ai obtenu tous mes permis pour la bâtir», lance Maurice C. Poitras, propriétaire de la résidence construite il y a trois ans.

Son terrain situé sur la pointe Monk dans l’arrondissement de L’Île-Bizard-Sainte-Geneviève s’est retrouvé au cœur d’une chicane de voisins en 2013.

Dans un jugement rendu le 8 mars, le juge Marc-André Blanchard donne raison aux voisins de M. Poitras.

Maurice C. Poitras, <i>Propriétaire</i>
Photo courtoisie
Maurice C. Poitras, Propriétaire

Ceux-ci ont plaidé que les permis de construction que M. Poitras a obtenus auprès de la Ville n’étaient pas valides puisque son terrain n’est pas relié à une rue comme l’exige la loi.

Celle-ci stipule qu’un terrain est constructible seulement s’il existe un accès à une rue publique ou à un chemin privé branché à un réseau d’égout et d’aqueduc.

«Nous sommes heureux que le juge n’ait pas tenu compte de la valeur de sa maison et ait appliqué la loi. M. Poitras a détruit l’harmonie d’un des derniers havres de paix de L’Île-Bizard de façon cavalière», dit Marco D’Onofrio, un des voisins.

M. Poitras est condamné à détruire sa prestigieuse résidence au bord de l’eau, sa piscine creusée et à replanter une trentaine d’arbres abattus.

Les voisins veulent la démolition
Photo courtoisie

L’homme qui gère un grand cabinet d’avocats ne compte toutefois pas en rester là. Il portera sa cause en appel.

Guerre de voisins

Les voisins disent vivre eux aussi un cauchemar.

«M. Poitras est venu s’insérer entre deux maisons. Quand tu habites dans un endroit aussi reculé de L’Île-Bizard, ce n’est pas pour avoir un voisin collé sur ta fenêtre», explique M. D’Onofrio.

Maurice C. Poitras avait mis en vente sa luxueuse maison de L’Île-Bizard parce que le climat dans le voisinage était tendu. Sur la carte: l’absence de chemin privé ou de rue reliée à la maison au moment de la construction de la nouvelle demeure est à l’origine du litige entre M. Poitras et ses voisins.
Maurice C. Poitras avait mis en vente sa luxueuse maison de L’Île-Bizard parce que le climat dans le voisinage était tendu. Sur la carte: l’absence de chemin privé ou de rue reliée à la maison au moment de la construction de la nouvelle demeure est à l’origine du litige entre M. Poitras et ses voisins.

Le juge Blanchard souligne aussi dans sa décision que la résidence de M. Poitras «jure avec son environnement».

«Elle résulte d’un déboisement important qui enlève le caractère intime qu’on retrouve dans les maisons avoisinantes», écrit-il.

Les voisins avaient toujours considéré le terrain boisé comme une zone tampon entre leurs maisons.

«S’ils ne voulaient pas que le terrain soit bâti, ils n’avaient qu’à l’acheter», dit M. Poitras.

Les contestataires soutiennent avoir obtenu une promesse de l’ancien propriétaire de ne jamais bâtir dessus.

« Faute de la ville »

Cette dispute entre voisins aurait pu être évitée si la Ville n’avait pas délivré les permis de construction non conformes à M. Poitras, tranche le juge.

En 2013 et 2014, le propriétaire de la maison controversée a obtenu une dizaine de permis de la Ville.

«La municipalité ne dispose pas de la compétence pour l’émettre, il s’agit là d’une dérogation flagrante et majeure à sanctionner. La remise des lieux s’impose», peut-on lire dans le jugement.

La Ville de Montréal n’a pas souhaité commenter le dossier puisque le jugement est présentement étudié par le Service des affaires juridiques.

Prestigieuse maison

  • La luxueuse résidence de 1,5 M$ a été construite en 2014
  • Deux étages et un sous-sol
  • Trois chambres au 2e étage, dont une avec vue sur l’eau
  • Salle de bain privée dans chaque chambre
  • Un boudoir
  • Véranda
  • Salon avec plafond cathédrale de 20 pieds
  • Spacieuse salle de lavage
  • Grand bureau avec rangement
  • Cuisine et salle à manger à aire ouverte avec vue sur l’eau
  • Chambre d’ami, salle de jeu, salle familiale et salle de rangement au sous-sol
  • Grande piscine creusée
  • Accès privé au bord de l’eau

Sentence « excessive et sans précédent »

Vue du salon avec plafond de 20 pieds de haut.
Photo courtoisie
Vue du salon avec plafond de 20 pieds de haut.

La démolition de la maison de 1,5 million de dollars d’un résident de L’Île-Bizard est une sentence «excessive» et «sans précédent», dit son avocat, qui portera la cause en appel.

«Le drame pour M. Poitras, c’est qu’il a obtenu tous les permis pour construire et que, par un coup de baguette magique, on lui dit qu’ils n’étaient pas valides et qu’il doit démolir», déplore Me Jacques Darche.

Lorsque M. Poitras a acheté son terrain, celui-ci n’était pas relié à une rue ou à un chemin privé comme l’exige la loi sur l’aménagement du Québec.

Sévère, mais juste

Dans sa décision, le juge souligne que la sentence peut paraître sévère, mais qu’elle n’est pas injuste.

«L’intérêt de la justice l’emporte sur les considérations purement personnelles de M. Poitras», écrit-il.

Le juge souligne ne pas demeurer insensible aux conséquences humaines que cette démolition représente pour M. Poitras.

Toutefois, dit-il, «la communauté possède le droit au respect de la réglementation municipale, qui établit des critères objectifs, plutôt qu’en fonction des intérêts individuels».

Me Darche estime qu’une solution moins radicale aurait dû être proposée.

«Ce n’est pas une question de valeur de la maison. C’est une décision sans précédent. Combien de Québécois pourraient se retrouver à démolir la maison qu’ils ont peut-être construite avec toutes leurs économies parce que leur Ville aurait mal interprété un article de loi?» questionne-t-il.

200 000 $ d’avocats

M. Poitras a dépensé plus de 200 000 $ en frais d’avocat depuis le début du litige. Il ne compte pas baisser les bras.

«Cette maison-là, on l’a imaginée avec ma femme. Le climat avec les voisins est tellement tendu qu’on voulait la vendre. La démolir ne fait aucun sens», dit le propriétaire.

Les voisins n’ont toutefois pas pitié de lui.

Ils ont tenté de faire annuler les permis avant la première pelletée de terre, sans succès.

À l’époque, M. Poitras avait décidé de poursuivre «à ses risques et périls» la construction.