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Qui a peur des nichons?

Qui a peur des nichons?
Photo courtoisie

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Avant de lire le reste de cette chronique, regardez bien la date sur le calendrier. Oui, nous sommes en 2017. Maurice Duplessis n’est plus au pouvoir. Les curés ne nous disent plus quelles sont les œuvres qui doivent être mises à l’index. Le manifeste Refus global a été publié il y a presque 70 ans.

Et pourtant, à Laval, des œuvres d’art actuel ont été décrochées à la Salle André-Mathieu parce que certains spectateurs qui venaient assister à un spectacle de Bruno Pelletier ont été bien, bien, bien choqués en voyant des nichons.

C’est le grand retour du puritanisme!

Y’A RIEN LÀ !

Regardez l’image du tableau de Christian Messier qui accompagne cette chronique. Franchement, ça vous indispose? Oui, c’est déformé par bouts, grotesque parfois, provocant un peu. Mais ce n’est pas plus dérangeant que des centaines d’œuvres d’art depuis des siècles.

Est-ce que les âmes sensibles qui se sont plaintes des œuvres de Christian Messier connaissent L’origine du monde de Gustave Courbet? Dans ce tableau, peint en 1866, il y a 151 ans, on voit les jambes écartées d’une femme étendue sur le dos et un gros plan de son sexe très poilu.

J’espère que ces gens choqués n’ont jamais mis les pieds dans une exposition de Picasso: ils se seraient sûrement évanouis devant cette avalanche de seins, de fesses, de vulves.

Ce qui m’inquiète, dans cette histoire, c’est que les œuvres ont été retirées après seulement quelques plaintes. Encore une fois, la dictature de la minorité.

Et ce qui me désole, c’est que, selon Radio-Canada, la corporation qui est responsable des expositions à la Salle André-Mathieu veut «intégrer un représentant du public à son comité de sélection des expositions». Comme ça, on va s’assurer que seules des œuvres lisses, lisses, lisses soient exposées sur les murs? Rien qui déborde, rien qui dérange?

Si on avait demandé à un représentant du public de se prononcer sur les Picasso ou les Courbet, pensez-vous qu’il aurait donné le feu vert à ces sexes provocants?

Décidément, on vit dans un drôle de monde. Récemment, certains criaient au meurtre à Québec parce qu’un crucifix avait été retiré de l’Hôpital du Saint-Sacrement, dans une province qui se veut pourtant laïque. Et on grimpe dans les rideaux parce que des «zartissssses» osent peindre le corps humain des femmes dans toute sa splendeur. C’est ça, le Québec qu’on veut? Des croix sur les murs et les œuvres provocantes cachées sous des toiles?

ÉDUCATION SEXUELLE

En entrevue avec ma collègue Vanessa de Montigny, l’artiste Christian Messier disait que cet incident à Laval était relié au manque d’éducation à travers les médias. «En bout de ligne, le public sait difficilement comment aborder une œuvre», selon lui. C’est vrai qu’on a du travail à faire pour mieux expliquer l’art actuel.

Mais misère! Si des gens sont encore choqués par des nichons en 2017, ça prendra bien plus que des articles dans les journaux pour leur ouvrir les œillères.