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Khadir et la fausse ouverture

 À une question en français cette semaine, à Québec, Amir Khadir a longuement répondu… en anglais.
Photo Simon Clark À une question en français cette semaine, à Québec, Amir Khadir a longuement répondu… en anglais.

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A-t-on oublié que la langue était politique? Certains faits récents me font croire que oui.

Prenons Amir Khadir, qui a pris l’habitude, ces derniers temps, de formuler des réponses en anglais sur des sujets qui touchent directement ou indirectement les communautés anglophones et allophones.

Jeudi, à l’Assemblée nationale, un journaliste demande au député de Mercier, en français, de commenter la démission d’Andrew Potter — auteur d’un article ultra-critique sur la société québécoise, dans le Maclean’s — de son poste de directeur d’un institut à McGill. M. Khadir a alors répondu d’abord en anglais pour ensuite seulement résumer sa position en français!

Tout cela ne serait que stratégique, a-t-on expliqué. Les médias anglophones seront plus enclins à rapporter les propos de QS si ceux-ci sont tenus dans la langue de Potter. QS veut «percer» chez les anglo-allos.

Cocasse: cela rappelle l’Union nationale qui, sur sa fin, en 1976, avait aussi tenté une offensive similaire. Laquelle n’avait pas totalement échoué d’ailleurs!

Minorités, majorités

De la part de QS, c’est une fausse bonne idée. Un parti indépendantiste aurait beau promettre l’unilinguisme anglais au Québec qu’il ne gagnerait aucun comté dans l’Ouest de Montréal.

Sous-jacente, on retrouve cette idée que la communauté anglophone forme une «minorité» comme une autre, toujours au risque de subir la «tyrannie de la majorité».

C’est ainsi, entre autres, que le bilinguisme institutionnalisé fait des progrès dans nos discours politiques. Lors de conférence de presse où il annonça sa décision de se lancer en politique, Gabriel Nadeau-Dubois, avant même la période de questions, a répété longuement en anglais ce qu’il venait de dire en français.

Comme si la langue de Gérald Godin, au Québec, était celle d’une majorité inquiétante. Comme si c’était un signe d’«ouverture» que de mettre sur le même pied les deux langues. Comme si un discours politique prononcé seulement en français, au Québec, était incomplet.

L’esprit de la constitution de 1982, symétrique (deux langues officielles) l’a emporté sur celui de la loi 101 (discrimination «positive» pour le français), jusque – et y compris – dans un parti qui se dit indépendantiste.

L’autre parti souverainiste n’est pas en reste. Le chef péquiste Jean-François Lisée sembla voir un magnifique signe d’ouverture de la part de ses troupes parce que quelques jeunes, lors d’un conseil national, se sont exprimés dans la langue de Shakespeare.

Combat illégitime ?

Cette nouvelle tendance à la fausse ouverture, accentuée par la mondialisation anglicisante des médias sociaux, occulte le fait que les francophones forment, sur ce continent, une réelle minorité linguistique.

Ainsi, le français a besoin d’être protégé, promu, encouragé. C’est un combat de tous les instants ou presque. Le dire aujourd’hui vous fait passer pour un #mononcle101...

Il semble qu’une idée a été oubliée: défendre notre différence linguistique (qui n’est aucunement raciale: une langue, ça s’apprend, ça se perd...) est légitime et mérite une attention constante. À gauche aujourd’hui, toutes les différences semblent être dignes de luttes, sauf le français.

Ce serait l’obsession de vieux syndicalistes «blancs» et barbus, dépassés. Ou de dangereux nationalistes «identitaires», «conservateurs». Des étiquettes infamantes qui, comme toutes les étiquettes, empêchent de penser le monde avec ses nuances. Occultent certains combats nécessaires. Conduisent à tout rejeter en bloc. Et font oublier que certaines choses méritent d’être, effectivement, «conservées». Par exemple cette pratique selon laquelle, dans nos débats politiques, le français ne peut pas être qu’accessoire.