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La présidente affirme ne pas avoir de comptes à rendre

Chantal Racette dit avoir le droit de payer une part de sa retraite avec la caisse syndicale

GEN-CHANTAL RACETTE
Photo d'archives La présidente des cols bleus, Chantal Racette, affirme conserver la confiance de ses membres, malgré les démêlés des derniers mois.

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La présidente des cols bleus de Montréal, Chantal Racette, affirme qu’elle n’avait pas à avertir son exécutif avant de piger dans la caisse du syndicat pour payer ses cotisations personnelles à son fonds de pension.

Mme Racette est la cible de critiques virulentes de plusieurs membres de son exécutif qui ont appris la semaine dernière qu’elle s’était autorisée cette dépense de plusieurs milliers de dollars, comme le révélait notre Bureau d’enquête hier.

Dans une rare entrevue, la dirigeante syndicale a tenu à se justifier et à lancer un appel à l’unité, alors que se tient aujourd’hui une assemblée générale qui s’annonce mouvementée.

«Ça n’a pas à être approuvé. C’est de la poutine interne. Le président et le trésorier, c’est eux qui gèrent la bâtisse», a affirmé Mme Racette.

«Ils (les directeurs syndicaux) ne peuvent pas tout savoir. S’ils veulent tout savoir, qu’ils se fassent élire président.»

Remboursement en attendant

Le trésorier Jacques Rochon, qui a aussi bénéficié de cette pratique, a expliqué hier que cela avait commencé à l’été 2015, peu après l’élection de Chantal Racette.

Il s’agirait d’une «compensation» à la suite de la décision de réduire le nombre annuel de journées de maladie payées aux employés du syndicat de 24 à 8.

«Ça représente 12 000 $ (de moins en salaire) pour Chantal», a-t-il indiqué.

Ce dernier dit que cette pratique a lieu en attendant que la convention collective qui régit leurs conditions salariales en tant que dirigeants du syndicat soit finalisée.

M. Rochon et Mme Racette ont admis avoir pris cette décision de concert.

Notre Bureau d’enquête révélait aussi hier que l’ex-président Jean Lapierre bénéficiait du régime d’assurances collectives des employés de bureau du syndicat.

Ce dernier a été le conseiller de Mme Racette pendant plus d’un an, a-t-elle indiqué hier. Mme Racette assure que M. Lapierre rembourse les frais liés à ce régime depuis qu’il n’est plus à ce poste et affirme en détenir les preuves écrites.

« J’ai le droit »

Pourquoi un conseiller politique a-t-il eu droit à des assurances réservées aux employés du syndicat pendant plus d’un an? «Parce que c’est moi qui l’ai décidé. J’ai le droit de faire ça», a dit Mme Racette.

«Je ne comprends pas pourquoi il y a la grogne. Les choses ont toujours fonctionné comme ça», a-t-elle affirmé, lançant un appel à l’unité.

«Le message que j’envoie à tous les cols bleus, c’est qu’on doit travailler ensemble. Le seul ennemi que j’ai, ce sont mes employeurs.»

Ce que dit Chantal Racette

Sur sa centrale syndicale qui a demandé à la rencontrer pour qu’elle s’explique:

«Je suis présidente de l’un des plus gros syndicats du Canada. Penses-tu que je suis une présidente qui sort d’une boîte de Cracker Jack? C’est clair que je suis capable de répondre à toutes les questions et de montrer que je respecte les statuts et règlements à la lettre.»

Sur le mécontentement de membres à son égard:

«Je suis la présidente élue démocratiquement jusqu’au mois de mars 2018. Ce sont mes membres qui décideront à la fin de l’année prochaine. [...] Pour moi, c’est de la petite politique.»

Sur les «pourboires» demandés aux entrepreneurs par des cols bleus:

«C’est un phénomène d’après moi qui est très minime [...] Comme cols bleus, on ne décide pas de ce qu’on fait. On est des exécutants. Si on rallongeait le temps pour obtenir un pourboire, pourquoi le boss n’est pas allé voir ce qui se passait?»

Sur son leadership:

«On dirait qu’on veut tout me mettre sur le dos comme si je réinventais la route, comme si je bafouais mes statuts et règlements. Ce qui n’est pas le cas. Je suis honnête et intègre.»

À propos d’un immense véhicule 4x4 qu’elle a loué pour plus de 500 $ afin de se rendre à une réunion à Ottawa:

«Mon auto était trop petite pour qu’on embarque les six. [...] M’as-tu vue, moi là? Je ne suis pas une Barbie. Il y a les bagages, les dossiers... On n’est pas petits.»