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Faire moins avec moins

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J’aimerais bien piquer une jasette avec la personne qui a inventé l’expression «faire plus avec moins» pour illustrer cette idée absurde que couper les budgets et les emplois rend les entreprises inévitablement meilleures.

La chronique d’Andrew Potter dans le magazine Maclean’s qui décrit un Québec en pleine désintégration sociale illustre bien les limites de cette philosophie.

Quand j’ai lu son texte la première fois, j’ai pensé qu’il s’agissait d’une satire tant c’était gros. À ce jour, je m’explique mal comment un journaliste d’expérience, qui connaît très bien Montréal, chez qui on n’a jamais détecté la moindre tendance «richlerienne» a pu déraper à ce point.

La rapidité avec laquelle il s’est excusé démontre néanmoins son honnêteté intellectuelle et son sens de l’honneur.

Je ne saurais dire la même chose de Maclean’s.

Sauver la peau des autres

J’ai passé une partie de ma carrière à éditer les textes des autres afin de les rendre publiables. Mon premier réflexe a été de me dire «coudonc, personne n’a questionné l’auteur sur ses affirmations avant d’expédier la chronique chez l’imprimeur?»

Et puis, je me suis rappelé que l’équipe de rédaction de Maclean’s avait subi en février dernier une cure d’amaigrissement extrême qui a laissé le Québec sans correspondant attitré. Ce qui illustre bien le peu d’importance que cet hebdomadaire «national» accorde à la deuxième province la plus populeuse au Canada.

L’excellent Martin Patriquin, dont le reportage sur la corruption au Québec avait fait scandale, mais à qui la commission Charbonneau a donné raison, a appris que son poste était aboli alors qu’il couvrait l’attentat du 29 janvier à Québec. J’imagine les discussions dans la grande tour Rogers à Toronto: «Euh... la Saskatchewan n’a pas de correspondant attitré, pourquoi le Québec en aurait-il un?»

Oeuil de faucon

Tous les journalistes un jour écrivent des niaiseries, mais Andrew Potter n’aurait jamais dû se retrouver dans un tel pétrin.

Quelqu’un chez Maclean’s a dû relire et approuver son texte.

Manifestement quelqu’un qui n’avait pas les connaissances nécessaires pour détecter les erreurs de fait sur lesquelles l’auteur avait construit sa thèse brinquebalante.

Le processus de relecture, fastidieux et coûteux, protège les auteurs et les publications tant de coûteuses poursuites que de la honte.

Un média d’information ne fabrique pas de la saucisse dans laquelle on peut mettre moins de viande et plus d’épices pour masquer le goût altéré ou dont on peut remplacer les artisans par des robots.

Pas plus qu’une connexion internet ne remplacera l’œil de faucon d’un relecteur d’expérience qui peut détecter un problème avant même de pouvoir l’identifier.

On a crié au Québec bashing toute la semaine, mais je ne crois pas que le journaliste ait voulu manquer de respect aux Québécois. Il s’est perdu dans les méandres d’une thèse qui reposait sur du vent. «Du mauvais journalisme», écrivait Chantal Hébert dans le Toronto Star.

Les temps sont durs pour les médias imprimés, mais charcuter le contenu pour économiser ne fera qu’accélérer leur mort. Un de mes patrons chez Rogers, à l’époque où l’entreprise investissait dans le contenu, aimait dire: «On ne devient pas grand en rapetissant».