/opinion/columnists
Navigation

Sur un radeau de fortune

Coup d'oeil sur cet article

Ce doit être un cauchemar pour un parent.

Voir sa fille s’amouracher d’un voyou, d’un manipulateur, d’un trou du cul.

Tu sais dès le premier regard que cet homme va lui faire vivre l’enfer, c’est écrit sur son front, mais elle ne voit rien, aveuglée par son amour de l’amour.

AU MILIEU DES RAPIDES

Tu as beau lui dire de faire atten­tion, elle ne comprend pas.

En fait, plus tu lui dis, plus tu lui répètes et plus elle se blottit dans les bras de son futur bourreau.

Comme si elle te criait: «Ne vois-tu pas que je ne suis plus ta fille, que je suis une femme?» Et lui de te regarder, frondeur, la fille que tu chéris appuyée sur son épaule, fort de sa jeunesse à lui, de sa faiblesse à elle, de ta vieillesse à toi.

On fait quoi, dans une telle situa­tion?

On s’efface en se disant: «Advien­ne que pourra? Je l’ai amenée jusqu’à sa majorité, à elle maintenant de mener sa barque comme elle l’entend, à chacun sa vie, bonne route?»

Je ne pourrais jamais me résou­dre à ça.

Oui, il faut apprendre à lâcher prise, comme je l’ai déjà écrit, mais lâcher prise lorsque le terrain sur lequel elle s’aventure semble solide, pas lorsqu’elle s’apprête à se jeter au milieu des rapides sans autre gilet de sauvetage que son innocence et sa naïve­té...

Qui dit que le boulot de parent s’achève lorsque son enfant devient adulte n’a jamais eu d’enfant.

DANS LE LABYRINTHE

Qu’est-ce qu’on fait lorsqu’on voit son enfant prendre le mauvais chemin?

On se dit que nous avons tous erré dans notre jeunesse? Qu’on n’apprend jamais à marcher sans trébucher, que l’échec fait partie de la vie, qu’elle souffrira et qu’elle se relèvera comme on s’est relevé après avoir, nous aussi, souffert?

C’est une chose de voir son enfant perdre l’équilibre et manquer pied, c’en est une autre de la voir tomber dans le vide.

La vie est un labyrinthe parsemé de pièges et d’embûches.

Nous qui sommes près de la sortie, nous voudrions dire à notre enfant: «Ne va pas là, n’emprunte pas ce chemin, je l’ai fait, il ne mène nulle part, tu vas perdre ton temps.

«Passe plutôt par ce sentier, tu verras, il n’a l’air de rien, mais c’est le plus beau de tous...»

Mais ceux qui viennent tout juste de franchir le seuil de la porte d’entrée ne veulent rien entendre.

Ils veulent tracer leur propre parcours, faire leurs propres découvertes, trouver eux-mêmes la solution aux problè­mes qu’ils rencontreront sur leur route.

Voyager. Sans plan ni boussole. Et sans penser à la destination.

De toute façon, nous nous retrou­vons tous au même endroi­t à la fin, non?

SUR LE QUAI

C’est le cauchemar de tous les parents: savoir que ton enfant emprunte le mauvais chemin, mais ne rien pouvoir faire pour l’aider.

Tous tes conseils restent lettre morte et tous tes avertissements tombent dans l’oreille d’un sourd.

Tu restes là, sur le quai, les bras ballants, espérant que le

radeau de fortune sur lequel il est monté ne coulera pas.