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Un yogi qui n’est pas de tout repos

Un yogi qui n’est pas de tout repos
Photo courtoisie

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Pas simple de faire tenir tranquilles 1 milliard 260 millions de personnes. La démocratie indienne y est parvenue tant bien que mal depuis plus d’un demi-siècle. D’épouvantables tragédies se sont tout de même produites, chaque fois provoquées par les tensions entre une immense majorité hindoue et une gigantesque minorité musulmane.

L’Inde fait dans la démesure. C’est le privilège d’être le septième pays au monde pour la superficie et le deuxième en nombre d’habitants. Lorsqu’une grande décision politique est prise, des dizaines de millions de personnes sont touchées d’un coup. C’est ce type de séisme que le premier ministre indien Narendra Modi a provoqué, il y a une semaine, en nommant un religieux hindou extrémiste à la tête de l’Uttar Pradesh, l’État le plus populeux du pays.

Yogi Adityanath, le nouveau «ministre en chef», me fait penser à ces classiques de Bollywood, un rapprochement qu’il détesterait. Il n’a pas la tête de l’habituel héros du film, mais il réunit, dans sa personnalité et ses positions politiques, l’extravagance de ce genre de ciné­ma: scènes d’amour exagérées et déchirantes, danses extravagantes, combats à n’en plus finir, jalousie, vengeance et finale de réjouissances démesurées.

Les vaches d’un côté, les flâneurs de l’autre

Adityanath a promis, après son asser­mentation, de travailler à un développement qui favoriserait tous les habitants de son État. Sa carrière politique démontre toute autre chose. Ses discours enflammés vantent les vertus de l’hindutva, le nationalisme hindou, et transpirent la haine de l’islam. D’ailleurs, les tout premiers dossiers auxquels il s’est attaqué visent les citoyens musulmans de l’Uttar Pradesh, près de 20 % de la population.

Une véritable croisade morale a été lancée contre les boucheries... et les hommes qui flânent dans les lieux publics, eh oui! Les boucheries, d’abord. Les vaches étant considérées comme sacrées, un projet de loi veut interdire leur abattage. La police multiplie les raids contre les abattoirs illégaux et ceux qui sont légaux subissent de fortes pressions. Comme ils sont gérés dans leur grande majorité par des musulmans, ce sont eux qui en paient le prix.

Quant aux flâneurs, c’est une vieille obsession d’Adityanath. Il est persuadé que les musulmans ont déclenché un «djihad d’amour» visant à convertir par le mariage les femmes hindoues. Du coup, la police s’est mise à questionner et à arrêter les jeunes hommes, musulmans comme par hasard, qui traînent dans les parcs et près des écoles ou des collèges.

Un calcul politique inquiétant

Adityanath a beau être un adepte du yoga, son parcours n’est pas reposant. Près d’une vingtaine d’accusations criminelles pèsent sur lui, dont tentative de meurtre, port d’armes mortelles, intimidation et incitation à la haine. Chef d’une communauté religieuse hindoue à Gorakhpur et député au Parlement indien depuis 1998, ses exhortations antimusulmanes l’ont néanmoins conduit en prison pendant une dizaine de jours en 2007.

Il avait alors déclaré: «Pour chaque hindoue mariant un musulman, nous prendrons 100 musulmanes; pour chaque hindou tué par un musulman, nous tuerons 100 musulmans.» Le premier ministre Modi est issu du BJP, un parti farouchement pro-hindou, mais son programme de gouvernement a mis l’accent sur le développement économique.

Ce que plusieurs craignent, c’est que Modi, en vue des élections générales de 2019, ait fait le choix, avec Yogi Adityanath à la tête de l’Uttar Pradesh, de tendre la main aux nationalistes hindous, au risque de relancer les tensions intercommunautaires et l’effroyable violen­ce qu’elles ont trop souvent générée.

Un yogi intransigeant

  • Yogi Adityanath (De son vrai nom, Ajay Singh Bisht)
  • 44 ans
  • Membre du Lok Sabha, la Chambre des communes du Parlement indien, depuis 1998
  • Ministre en chef (premier ministre) de l’État de l’Uttar Pradesh depuis le 18 mars
  • Il veut faire de l’Inde un pays purement hindou.
  • En 2005, il a mené une « campagne de purification », forçant notamment 1800 chrétiens à se convertir à l’hindouisme dans la ville d’Étah, en Uttar Pradesh.
  • Il a encouragé la formation d’escouades policières « anti-Roméo » pour empêcher les musulmans de courtiser des hindoues.