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Un climat de «punition» au Collège militaire royal du Canada

Un rapport dénonce les conditions d’un collège militaire où quatre étudiants se seraient enlevés la vie

Le général Jonathan Vance promet de revoir le programme du Collège militaire royal du Canada de Kingston.
Photo Christopher Nardi Le général Jonathan Vance promet de revoir le programme du Collège militaire royal du Canada de Kingston.

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OTTAWA | Le commandant en chef des Forces armées canadiennes promet de mettre fin au grave climat de «punition» qui règne dans l’une des plus importantes écoles militaires du pays et qui a été récemment le théâtre de nombreux suicides présumés d’étudiants, dont deux Québécois.

«Les reproches envers le leadership et la culture punitive au Collège militaire royal canadien (CMRC) [à Kingston] sont très inquiétants et il va y avoir des changements [...] Oui, ces jeunes sont des élèves-officiers, mais ils ne sont pas des prisonniers», déclare le général Jonathan Vance au Journal.

«Nous allons redonner du temps aux cadets pour qu’ils puissent relaxer et de profiter véritablement de leurs temps libres [...] Il y aura une nouvelle stratégie de prévention de suicide et plus de personnel médical sur le campus», continue-t-il.

Pire que dans l’armée

Celui-ci réagissait à un rapport sur le climat, l’environnement et la culture au CMRC qu’il a commandé à la suite d’une série de quatre décès soudains d’élèves en l’espace de quatre mois.

Les enquêtes sont toujours en cours, mais la thèse principale est celle du suicide.

Dans le document exhaustif de plus de 200 pages, les huit experts ont rapporté les propos de plus de 400 membres de l’institution universitaire qui forme les futurs officiers de l’armée, dont 200 élèves-officiers.

Selon leurs recherches, le moral chez les jeunes varie de «faible» à «bon», mais plusieurs étudiants dénoncent une «culture punitive» qui leur impose un stress constant. Un stress plus élevé que dans l’armée. Bon nombre d’entre eux se tournent vers l’alcool pour se soulager.

«Plus de la moitié des élèves-officiers interrogés ont parlé de difficultés vécues avec leurs supérieurs [...] Ils mentionnent l’inexpérience, l’inefficacité, l’inaccessibilité, le manque de respect et des attitudes généralement négatives», écrivent les auteurs.

Changements immédiats

Au final, le rapport émet plus de 70 recommandations, que le Général Vance compte accepter dans leur ensemble.

Celui-ci promet de revoir en profondeur l’ensemble du programme au CMRC, mais va aussi reprendre le contrôle direct des trois principales écoles militaires du pays.

«Nous voulons motiver nos gens. Dans les Forces armées, nous sommes plus axés vers la carotte que vers le bâton. Nous voulons rarement utiliser le bâton. Mais au CMRC, nous avons besoin de moins de bâton», promet le général.

Le rapport a aussi souligné qu’il n’y avait pas de problèmes «systémiques» de santé mentale ou de comportements sexuels inappropriés à l’école.

Changements promis par le commandant en chef

  • Création d’une clinique médicale et dentaire directement sur le campus du CMRC
  • Importante réforme du programme de formation militaire.
  • Nouvelle politique vestimentaire qui permettra aux élèves-officiers de porter des vêtements de civils à l’extérieur du collège
  • Importants investissements dans les nombreuses infrastructures «vétustes», notamment la bibliothèque et la caféteria.
  • Ajout de plusieurs employés afin de pallier le problème de manque d’effectifs.

Il faut mettre fin aux tabous, dit une mère

<b>Harrison Kelertas</b><br /><i>Décédé</i>
Photo Facebook
Harrison Kelertas
Décédé

La mère d’un jeune montréalais « extrêmement prometteur » décédé de ce qui semble être un suicide au CMRC espère que les changements au collège mettront fin aux tabous autour de la santé mentale. D’autant plus qu’elle ne comprend toujours pas ce qui aurait pu pousser son fils à la mort, un an après le drame.

En avril dernier, Harrison Kelertas, 22 ans, a été retrouvé mort dans sa chambre à peine trois semaines avant de recevoir son diplôme du collège militaire avec la plus haute distinction académique possible. À ce moment, il n’y avait aucune preuve d’acte criminel.

«Je crois que ça ne sera jamais un dossier clos pour notre famille. Il n’y avait aucun marqueur, aucune indication, rien. On ne saura jamais ce qui s’est véritablement passé», a confié sa mère, Julie Kelertas.

«Je n’y crois toujours pas. Je connais tellement mon fils, et je suis convaincue que ce n’est pas ça [le suicide] qui s’est passé. Mais on n’a aucune preuve», a-t-elle continué.

Plus d’aide

Aujourd’hui, elle ne blâme pas le collège militaire pour le décès soudain de son fils. Or, elle croit tout de même que les cadets-officiers qui fréquentent l’institution subissent beaucoup de stress, mais peinent à en parler.

«C’est connu de tout le monde que c’est très difficile pour les cadets à aller chercher de l’aide. Les ressources sont là, mais ils ont souvent le sentiment qu’ils ne peuvent pas aller s’ouvrir le cœur sans que ça ne leur retombe dessus et que ça n’affectera pas leur carrière», a avancé Mme Kelertas.

Ainsi, elle recommande que l’école mette en place un système de jumelage entre les cadets pour qu’ils aient une personne désignée en qui ils peuvent se confier lorsqu’ils se sentent moins bien.