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Ce bulletin qui ne veut rien dire

Les élèves de 6e année de l'école Alexander-Wolff

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Cette année, pendant mes rencontres avec les parents concernant les bulletins, je n'ai nommé aucune note: j'ai parlé d'éléments concrets, mais surtout des enfants sous tous les angles possibles. Cela faisait sens avec le reste de l'année scolaire, car aucun résultat chiffré n'a été envoyé à la maison...

Je le dis haut et fort depuis bien longtemps, un bulletin, ça ne veut rien dire. Comment peut-on juger des forces et des faiblesses d'un enfant uniquement en regardant un pourcentage? Si je vous dis que votre vie de couple en est à 73%, en considérant que vous êtes insatisfaits, savez-vous quels gestes poser pour être plus heureux à deux?
 
L'évaluation, c'est un casse-tête avec lequel je jongle depuis toujours et celle-ci revient inévitablement hanter des discussions avec plusieurs collègues qui, comme moi, expriment à quel point cela peut être subjectif et varier d'un enseignant à l'autre. Bien entendu, nous avons des critères établis par notre programme, mais avons-nous vraiment tous la même façon de les interpréter? Non, tout simplement.
 
C'est tout aussi vrai avec les examens communs à toute la province en fin d'année scolaire, ce véritable festival du stress pour nos enfants presque trop désireux de bien faire. De penser que tous les jeunes du Québec, au même moment, soient dans les meilleures conditions du monde pour réaliser des tâches complexes conçues par des gens que je n'ai jamais rencontrés dans une classe en 12 ans, c'est un peu utopique.
 
C'est avec cette frustration constante à exprimer clairement aux parents les habilités de mes élèves que j'ai décidé de jouer le tout pour le tout cette année: il n'y aurait plus de notes qui allaient être attribuées aux projets et travaux. Je l'ai expliqué en août dernier aux parents et nous nous sommes lancés ensemble.
 
Depuis, j’essaie d’écrire sporadiquement des commentaires personnalisés dans une section réservée à cette fin sur mon site Web avec un mot de passe connu uniquement de l'élève et de ses parents. De plus, je multiplie les courriels et je passe des coups de fil pour répondre à ceux désireux d'en savoir plus. Enfin, dans toutes mes discussions avec les enfants, je cherche toujours à parler de défis précis en détaillant des exemples de comportements qu'ils peuvent adopter.
 
Malheureusement, je me suis rendu compte que j'ai dû faire entrer certains élèves en cure de désintoxication de la note. Habitués à définir la réussite ou l'échec par leur perception d'un résultat, ils ont dû apprendre à voir la progression des apprentissages comme un processus ou un entraînement qui ne se termine jamais vraiment: on doit toujours chercher à faire plus et mieux, peu importe notre point de départ.
 
Malgré tous mes efforts, j'ai compris que ce n'était pas encore assez. Toutefois, je ne peux pas en vouloir aux parents qui ont grandi dans un système chiffré à accepter plus difficilement du jour au lendemain de changer la seule forme de rétroaction qu'ils ont connue. Remarquez que lorsqu'on parle de comportements, ils en ont des tonnes d'informations, mais ça, c'est un autre dossier...
 
Ainsi, je me suis lancé dans le tournage de capsules vidéos que les parents devaient visionner avant de venir à la rencontre où j’expliquais les notes du bulletin qu'ils avaient reçu la semaine précédente. Ces chiffres étant une obligation ministérielle, je ne peux donc pas m'y soustraire.
 
En moins de dix minutes, j'ai résumé les forces et les défis expliquant les résultats de leurs enfants. Certains avaient alors préparé des questions, d'autres pas. Mais, ce qui est arrivé dans 100% des rencontres, c'est que nous étions dans un état d'esprit où on recherchait  ensemble des solutions plutôt que de s'arrêter sur les problèmes liés aux apprentissages.
 
Fort de cette expérience, je tournerai maintenant à chaque mois une capsule faisant un bilan des progressions de mes élèves. Je ne dis pas que c'est la solution permettant de remplacer le bulletin. Mais, je crois sincèrement qu'avec le temps, les élèves et leurs parents m'aideront à parfaire le moyen de communication dont ils ont besoin pour progresser positivement.
 
Est-ce que ma façon de communiquer l’évaluation aux élèves est appréciée de tous les parents? J’imagine que non. Est-ce que mes élèves sont moins stressés par les résultats et se concentrent davantage sur leurs défis? Tout à fait. Vous pouvez leur demander...