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Le sucre réduit la durée des accouchements

Une étude montre que des femmes ont pris 76 minutes de moins pour accoucher

josianne paré
Photo Caroline Lepage La Dre Josianne Paré est très heureuse que son étude puisse aider les femmes qui attendent leur premier enfant à accoucher plus rapidement.

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SHERBROOKE | Consommer du sucre lors de son premier accouchement permet de réduire le travail de la femme d'au moins une heure.

«Le glucose optimise le travail musculaire. Comme l'utérus est un muscle, on s'est demandé s'il allait mieux réagir si on lui donnait du sucre», expose la Dre Josianne Paré.

Ce questionnement est à l'origine de son projet de recherche durant sa spécialisation en obstétrique-gynécologie à la faculté de médecine et des sciences de la santé (FMSS) de l'Université de Sherbrooke.

Son étude a démontré que les femmes à qui on avait ajouté du glucose au soluté salin traditionnellement administré accouchaient en moyenne 76 minutes plus rapidement que celles qui n’en avaient pas eu.

Moins de risques

Plus une femme accouche rapidement, moins elle s'expose à des risques de complications et à la possibilité de devoir subir une césarienne d'urgence.

En plus de la durée, d'autres paramètres ont été observés et aucune anomalie n'a été notée chez les nouveau-nés des mamans participantes.

«Non seulement le soluté salin avec sucre est efficace et sécuritaire, mais il n'engendre pas plus de coûts», poursuit-elle.

La Dre Paré est fière que les travaux de son équipe contribuent à améliorer les conditions d'accouchement des mamans.

«C'est drôlement valorisant», commente-t-elle.

Cette dernière prévient que ce soluté est contre-indiqué aux femmes qui souffrent de diabète, avant ou pendant la grossesse, celles qui ont reçu un diagnostic de prééclampsie ou qui souffrent de maladies rénales et cardiaques sévères.

200 futures mamans

De 2013 à 2015, 200 femmes qui accouchaient pour la première fois ont accepté de collaborer à cette étude.

Deux groupes avec 100 futures mamans chacun ont été formés. La première cohorte a reçu le soluté salin normalement utilisé alors que la deuxième s'est vu offrir celui auquel du glucose avait été ajouté.

Les patientes ainsi que les professionnels de la santé, sauf le personnel à la pharmacie, ignoraient le type de soluté offert à chacune.

«Le processus a été réalisé à l'aveugle», résume l'obstétricienne-gynécologue au CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

«Lors de l'analyse finale, qui a eu lieu l'été dernier, on est arrivé à des résultats très intéressants», commente celle qui a été épaulée par une dizaine de professionnels pour réussir ce projet de recherche.

Un groupe de mamans avait pris 499 minutes en moyenne pour donner naissance à leur premier bébé alors que l'autre avait accouché en seulement 423 minutes.

«Quand on a su que le groupe qui avait accouché plus rapidement était celui des mamans ayant reçu le soluté salin avec du sucre, on était vraiment content!» rapporte la professeure-chercheuse à la FMSS de l’Université de Sherbrooke.

 

Son « étude maison » fait le tour du monde

 

La Dre Josianne Paré est encouragée de voir le corps médical des quatre coins du monde s'intéresser à son «projet de recherche maison».

Mme Paré a présenté en janvier dernier les résultats de sa recherche lors d'une conférence dans un congrès international, à Las Vegas.

Un médecin du Pakistan lui a écrit récemment après avoir pris connaissance des résultats de son étude dans un article de journal de son coin de pays.

Des articles scientifiques font également état de cette avancée sherbrookoise.

«C'est un peu notre bébé», lance la Dre Paré, qui est mère de deux enfants.

Elle précise que l'usage d'un soluté salin-sucré peut être offert à toutes les femmes qui accouchent, quelles que soient les cultures.

La Dre Paré espère que son étude permettra une mise à jour du Guide clinique publié par la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada.

Depuis que les résultats sont connus, le soluté sucré est maintenant utilisé au CHUS de Fleurimont.

Plus grand

En juin prochain, elle soumettra une demande de financement pour reproduire ce projet de recherche à plus grande échelle, visant la contribution d'environ 5000 patientes.

Son «étude maison» n'a coûté que 12 000 $. Elle a été financée à parts égales par le Fonds des résidents de son département universitaire et le fonds de recherche du comité de périnatalité du Québec.