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Des Taser à fort prix à la SQ

Le corps de police va munir ses agents de 260 pistolets à haute performance partout au Québec au coût de 1,7 M$

Les Tasers X2 peuvent tirer deux cartouches électriques avant d’être rechargés par les policiers, contrairement au SPARK qui n’en tire qu’une seule.
Photos Courtoisie et Stevens Leblanc Les Tasers X2 peuvent tirer deux cartouches électriques avant d’être rechargés par les policiers, contrairement au SPARK qui n’en tire qu’une seule.

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La Sûreté du Québec offre à ses policiers la crème des Taser, a appris Le Journal, une arme à 6500 $ pouvant tirer deux cartouches avant d’être rechargée.

Les 260 pistolets à impulsion électrique, dont les agents seront munis sous peu à la grandeur de la province, ont été achetés au coût de 1,7 million $ dans le cadre d’un contrat sans appel d’offres.

Cela fait suite au projet pilote lancé en mai 2016 afin d’analyser l’utilisation des pistolets à impulsion électrique de nouvelle génération, de type Taser X2. Une vingtaine de ces pistolets à 6500 $ se sont retrouvés à la ceinture d’agents formés à l’usage de cette arme non létale.

En comparaison, selon nos informations, une arme de service se détaille entre 600 $ et 700 $.

Contrat sans appel d'offres

La Sûreté du Québec soutient que le projet a été un succès et va maintenant de l’avant avec un plan global. Elle vient d’ailleurs de conclure un contrat de gré à gré avec le distributeur canadien MD Charlton pour l’achat des Taser X2. Pourtant, il existe des modèles moins coûteux.

«C’est [ce pistolet] qui est en mesure de répondre à nos besoins et MD Charlton est le seul distributeur au Canada», a assuré le lieutenant Jason Allard, porte-parole de la Sûreté du Québec. «Les agents veulent le meilleur produit [...] C’est ce produit-là qui a été capable de se qualifier.»

Le Centre de services partagés du Québec (CSPQ), qui a conclu le contrat, soutient également «qu’après analyse, un seul modèle et un seul fabricant répondent aux spécificités souhaitées par la SQ».

Ça donne une moyenne de 6500 $ par pistolet? «Oui. Je ne sais pas si on peut faire une règle de trois. Ça prévoit sans doute les cartouches», dit Pierre Turgeon, le porte-parole du CSPQ. À la suite de la publication du contrat, la SQ soutient que le prix comprend de la formation. Pourtant, l’appel d’offres sur le site du gouvernement SEAO fait seulement référence à des pistolets Taser X2 et accessoires.  

Cet argent provient d’une enveloppe budgétaire de 9 millions $ pour des armes et des véhicules mieux adaptés aux besoins de ses troupes, comme l’avait annoncé en exclusivité au Journal en octobre 2016 le directeur général de la SQ, Martin Prud’homme.

La SQ a déjà reçu les armes, et la distribution se fera au rythme des formations et des budgets, selon les informations fournies au Journal.

Plusieurs interventions

Depuis le début du projet pilote, 16 interventions de la Sûreté du Québec se sont conclues par l’utilisation d’un pistolet à impulsion électrique dans six postes de la province.

«Ce sont des endroits où il y avait de gros taux d’utilisation d’armes intermédiaires, comme le poivre de Cayenne, et on croyait que le pistolet à impulsion pouvait être utile et donnerait une bonne vision de l’utilisation», a expliqué Jason Allard.

Durant ces interventions où des agents ont dégainé leur pistolet à impulsion électrique, à six reprises des décharges complètes ont été administrées sur un individu.

«Il faut comprendre que pour la plupart, c’était une décharge d’avertissement. Il n’y a pas eu de tir. Seulement l’activation de l’arc électrique d’avertissement», a affirmé M. Allard. «Lorsque tu vois l’arc électrique, généralement, ça a un effet persuasif.»

Taser X2 VS SPARK Z 2.0

Taser X2

  • Deux cartouches dans l’appareil permettant une seconde utilisation selon la situation
  • Le système de visée à deux lasers augmente la précision du tir
  • Il émet un avertissement sonore directement sur l’avant des cartouches
  • La grande quantité de données emmagasinées dans le X2 permet un suivi accru de l’utilisation
  • Coût : 1635 $ (sans les accessoires)

SPARK Z 2.0

  • Une seule cartouche
  • Recharge très rapide et système de traçabilité
  • Les munitions déployées sont éjectées automatiquement. La décharge est interrompue lorsque la touche d’éjection sécurisée est actionnée
  • Journal des événements transmis par connexion WiFi sécurisée
  • Coût : 800 $ (sans les accessoires)

Un concurrent veut percer le marché

Un concurrent de Taser qui vend son pistolet à moindre prix critique les ententes d’exclusivité des corps policiers du Québec avec la multinationale américaine.

Tous les corps de police du Québec se munissent de plus en plus de pistolets à impulsion électrique.

Peu importe le corps de police, tous les contrats pour l’acquisition de ces armes sont automatiquement conclus de gré à gré avec le distributeur de la marque Taser au Canada, MD Charlton.

Ensemble, ces contrats atteignent plus de 2 millions $ pour le moment.

Or, il existe également sur le marché un autre pistolet: le SPARK.

Ce pistolet à impulsion électrique est très populaire en Europe, en Amérique latine et en Asie.

Ce dernier se vend environ 800 $ l’unité au Québec, soit la moitié du Taser X2. Son distributeur, S4 Tactique et Défense, se trouve à Lévis.

Monopole dénoncé

L’homme à la tête de cette entreprise critique les ententes d’exclusivité avec l’entreprise Taser qui monopolise le marché.

«On n’a pas accès aux appels d’offres», a pesté Raphaël Daniel Savard, président de S4 Tactique et Défense.

Cette entreprise de Québec distribue déjà de nombreux produits dans le domaine de la défense au Québec, mais dit se buter à des appels d’offres ciblés pour les pistolets à impulsion électrique.

Tirer deux fois

Toutefois, les corps de police ont défendu au Journal leur choix d’acheter exclusivement le Taser X2. Même s’ils connaissent le SPARK, ils optent pour le Taser X2, principalement parce qu’il peut tirer deux fois avant qu’un agent doive recharger l’appareil.

«Avant d’utiliser l’arme de service, il est important de donner aux patrouilleurs l’opportunité de tirer une deuxième fois. C’est un bénéfice important», a précisé le lieutenant Jason Allard de la SQ.

Par ailleurs, l’École nationale de police forme les futurs agents uniquement pour cet appareil.