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Bombardier: quand le capitalisme perd la tête

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Si je vous dis que le capitalisme manque de sens moral et verse aisément­­ dans l’indécence, à quoi pensez-vous? À Bombardier? Moi aussi.

Quand nous avons appris cette semaine l’incroyable hausse de la rémunération des dirigeants de cette entreprise qui, hier encore, tétait piteusement les mamelles de l’État, nous nous sommes tous dit: il y a quand même des saintes limites à ne pas franchir.

Mérite ?

Erreur: ceux qui se prennent pour des managers surdoués de classe mondiale croient simplement récolter ce qu’ils méritent.

L’idée même de limite leur est étrangère.

Ils se prennent pour des surhommes et regardent avec mépris et pitié le commun des mortels qui se permet de juger les grands gestionnaires­­ qu’ils sont.

Les millions qui s’accumulent sont vus comme une marque de puissance.

Le commun des mortels ne sait pas trop comment réagir. Il veut bien qu’un patron avec de lourdes responsabilités gagne un salaire plus élevé que ses employés.

Il trouve normal aussi que l’entrepreneur­­ qui multiplie les risques et les efforts au point de tout miser sur son idée soit récompensé en conséquence.

Mais il se dit aussi qu’il faut garder­­ le sens de la mesure.

La mondialisation nous l’a fait perdre terriblement.

Superclasse

Elle crée une superclasse qui a de moins en moins de choses en commun avec les gens ordinaires.

Les membres de cette super­classe s’imaginent qu’ils méritent chacun de leurs avantages financiers, sans jamais se demander s’ils ne sont pas le fruit d’un dérèglement économique global.

Elle se réclame du marché pour justifier sa rémunération, mais se tourne vers les pouvoirs publics quand elle galère.

Finalement, les dirigeants de Bombardier succombant à la pression populaire, ont retrouvé la raison. Il n'en demeure pas moins que leur première réaction en dit beaucoup sur leur vision du monde. Ils se croyaient tout permis. Tirons-en quand même une leçon : le peuple, de temps en temps, peut faire peur aux puissants.