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Pratiques sexuelles plus hard chez des ados

Des intervenants montrent du doigt l’influence néfaste de la pornographie

Pratiques sexuelles plus hard chez des ados
Photo Le Journal de Québec, Jean-François Desgagnés

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Des adolescents ont des pratiques sexuelles de plus en plus hard, selon une intervenante dans des écoles secondaires, qui montre du doigt l’influence néfaste de la pornographie, à portée de clic.

La sexologue Annick Kershbaumer travaille dans les écoles secondaires du Bas-Saint-Laurent depuis huit ans. Au cours des dernières années, elle a vu une évolution «malsaine» dans les pratiques sexuelles des jeunes qui est «directement reliée à la pornographie», selon elle.

Étrangler légèrement la jeune fille pendant une relation sexuelle, insultes et tapes sur les fesses... «Il y a comme des modes au niveau des pratiques, lance Mme Kershbaumer. Les élèves se font des genres de checklists. Ils vont dans un party, ils ramassent une fille pour qui ils ont un respect vague et relatif et c’est souvent comme ça, hors du contexte amoureux, que ça va arriver. Ça, vraiment, il y en a de plus en plus», affirme la sexologue, qui voit défiler dans son bureau des garçons qui consomment «presque tous» de la pornographie.

Dans plusieurs cas, les limites du consentement sont floues parce que les filles ressentent de la pression, ajoute la sexologue. Par exemple, lors de sa première relation sexuelle, une jeune fille de 13 ans a accepté d’avoir une relation anale, pensant que c’était «normal» alors qu’elle l’a regretté par la suite, raconte la sexologue, qui est l’une des rares au Québec à travailler à temps plein pour une commission scolaire.

De son côté, Shana Blanchette, intervenante au Centre d’aide et de lutte contre les agressions sexuelles (CALACS) Rive-Sud, considère aussi que la pornographie peut avoir une influence malsaine, puisque les images présentées «sont très loin d’une sexualité qui serait saine pour les partenaires». «On voit des vidéos de violence sexuelle qui sont exposés comme étant des relations sexuelles», ajoute-t-elle.

La porno a le dos large

D’autres trouvent au contraire que «la porno a le dos large», comme Simon-Louis Lajeunesse, professeur associé à l’École de service social à l’Université de Montréal, qui a étudié la question auprès de jeunes hommes. Son influence reste à démontrer sur le plan scientifique, affirme-t-il. «Il faut sortir de l’anecdote», dit-il. Il y a des comportements déviants qui ont toujours existé, rappelle M. Lajeunesse.

Le directeur du Centre d’intervention en abus sexuels pour la famille, qui intervient auprès d’enfants et d’adolescents qui ont commis des agressions sexuelles, pense toutefois le contraire. «Les enfants qu’on accueille dans les groupes ont été exposés à de la pornographie très jeune et oui, ça peut influencer», affirme Simon Drolet.

La pornographie reste trop souvent la principale source d’éducation à la sexualité pour plusieurs jeunes, ce qui est un «méchant problème» puisque pour répondre à une pulsion, certains «vont reproduire un des comportements qu’ils ont dans leur répertoire», explique M. Drolet. D’où l’importance d’éduquer les jeunes à l’importance de relations saines et égalitaires, où les deux partenaires sont consentants.

De son côté, la sexologue Valérie Morency rappelle qu’il ne faut toutefois pas mettre tous les jeunes dans le même panier. «Il est faux de dire que tous les jeunes sont influencés par la porno et qu’ils répètent ce qu’ils ont vu. Arrêtons de généraliser», lance celle qui fait des ateliers de prévention dans les écoles depuis plus de quinze ans.

EXPOSÉ À LA PORNOGRAPHIE DÈS LE PRIMAIRE

Une jeune fille, qui a aujourd’hui 13 ans, raconte avoir visionné pour la première fois de la pornographie alors qu’elle était en sixième année. Les jeunes autour d’elle en parlaient beaucoup et elle était curieuse de voir de quoi il s’agissait, a-t-elle raconté au Journal. «Dans la cour de l’école, on me disait : "Va voir ça, va voir des gang bangs (viol collectif). Je suis allée voir, mais je n’aurais pas dû. Ça m’a traumatisé. Ça m’a toujours resté dans la tête après.» Le cas de cette jeune fille est loin d’être unique. L’âge de la première exposition à la pornographie sur le web est 11 ans, selon différentes études. Simon-Louis Lajeunesse, professeur associé à l’École de service social à l’Université de Montréal, insiste sur l’importance de préparer les enfants à cette réalité dès l’âge de 8 ou 10 ans puisqu’inévitablement, ils verront un jour ou l’autre de la pornographie à l’écran. «Il faut préparer son enfant à développer un esprit critique par rapport à la pornographie, ça va lui rendre pas mal plus service que d’essayer de l’empêcher d’en voir», dit-il.

«À 14 ANS, ILS SAVENT TOUS C’EST QUOI LE SADO-MASOCHISME»

Parallèlement à la pornographie, l’adaptation cinématographique du roman Fifty Shades of Grey a aussi eu une influence sur les adolescents, affirme Sylvain Carrier, qui anime des ateliers sur les saines relations amoureuses dans des écoles secondaires, avec l’organisme Entraide Jeunesse Québec. «À 14 ans, ils savent tous c’est quoi le sado-masochisme. (Ce film) a ouvert une boîte de pandore», lance-t-il. «On dirait que certains jeunes s’attendent à ce que ça se passe comme ça, les filles entre autres. Il y a une espèce de culte du sado-masochisme. Je ne pense pas que les ados le pratiquent, à proprement parler. Mais beaucoup d’adolescents trouvent excitantes certaines scènes, du moins c’est ce qu’on sent quand ils en parlent. D’autres ont besoin de se faire dire que ce n’est pas 100% des gens qui ont ce type de pratiques sexuelles et que surtout, ils ne sont pas obligés de faire ça.»

L’INDUSTRIE DU PORNO SE LANCE DANS L’ÉDUCATION À LA SEXUALITÉ

Deux géants de l’industrie du porno, xHamster et PornHub, se sont lancés récemment dans l’éducation à la sexualité, en lançant chacun une plate-forme éducative. Il s’agit d’une initiative «assez hypocrite» qui sert à se «donner bonne conscience» selon la sexologue Sylvie Lavallée, qui affirme toutefois que sur le plan pédagogique, l’information transmise est juste. «L’idée est quand même bonne, c’est déjà mieux que le ministère de l’Éducation», lance-t-elle. Mme Lavallée reproche à Québec de se traîner les pieds dans le dossier de l’éducation à la sexualité, puisque seulement une quinzaine d’écoles à travers la province testent un projet-pilote à ce chapitre depuis l’automne 2015. L’éducation à la sexualité a disparu des écoles primaires et secondaires avec l’arrivée de la réforme scolaire, dans les années 2000.

HARCÈLEMENT SEXUEL DANS LES CORRIDORS DE L’ÉCOLE

Une autre forme fréquente de violence sexuelle parmi les adolescents est le harcèlement, affirme Sara Tessier, une sexologue qui travaille dans une école secondaire privée de Lanaudière. «Des filles qui se font traiter de putes, d’autres qui se font demander des pipes, ça arrive souvent», dit-elle, surtout en première et deuxième secondaire puisque les jeunes sont moins matures. Il reste aussi certains mythes à briser, ajoute Valérie Brancquart, intervenante au Centre d’aide et de lutte contre les agressions sexuelles de la Rive-Sud. «Une fille qui se fait pogner les fesses ou les seins à répétition dans le corridor de l’école, elle ne voit pas ça nécessairement comme une forme d’agression, mais ça en est», lance-t-elle.

BLÂMER LA VICTIME : ENCORE BEAUCOUP D’ÉDUCATION À FAIRE

Pendant un party, une jeune fille accepte de suivre un garçon dans une chambre, où elle lui fait une fellation. Soudain, la porte s’entrouvre doucement et un autre garçon décide de filmer la scène avec son téléphone, à l’insu de la jeune fille. L’autre jeune homme s’en rend compte, mais ne dit rien, complice. L’histoire, bien réelle, est racontée par Cathy Tétreault, directrice du centre Cyber-aide qui fait beaucoup de prévention dans les écoles secondaires. Elle se sert de cet événement pour faire de l’éducation dans ses ateliers auprès des jeunes. «Je leur demande : "dans cette situation, qui est coupable?" Dans les classes, on nomme autant la fille que le garçon. Il y en a qui disent que la jeune fille n’avait pas d’affaire à faire ça. Il y a encore beaucoup d’éducation à faire», dit-elle.

«Je suis en secondaire 4 et le soir (pratiquement tous les soirs) avant de me coucher, il m'arrive d'écouter entre 3 et 10 vidéos porno, tout dépend de la durée des vidéos. Je fais ça depuis que je suis en 5e année, mais là j'ai décidé il y a environ un an d'arrêter d'écouter autant de porno et de me restreindre à genre un soir semaine, mais j'y suis incapable c'est plus fort que moi.»

-Un garçon de 15 ans (témoignage tiré du site Internet de Tel-Jeunes)


Ados : violence sexuelle dans les relations amoureuses

  • 20% des adolescentes ont déjà vécu de la violence sexuelle dans le cadre d’une relation amoureuse
  • 15% ont subi des attouchements non désirés de la part de leur petit ami
  • 7% ont eu une relation sexuelle alors qu’elles ne le voulaient pas

Source : Enquête sur les parcours amoureux des jeunes réalisée auprès de 8000 adolescents de 14 à 18 ans par une équipe de chercheurs de l’UQAM dirigée par Martine Hébert.