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Ceci n’est pas un poisson d’avril

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Quand j’ai vu passer cette nouvelle samedi, j’étais sûre que c’était un canular. Après tout, toute la journée on a vu défiler des fausses nouvelles, comme Burger King qui aurait lancé un dentifrice à saveur de Whopper.

Mais non, ce n’est pas un poisson d’avril: aux États-Unis, une peintre blanche s’est bel et bien fait accuser d’être raciste et de faire de l’appropriation culturelle parce qu’elle a fait un tableau représentant une victime noire. Yep, les amis. On est rendus là.

THIS IS NOT A JOKE

Le Whitney Museum, réputé musée new-yorkais, présente en ce moment sa biennale. Et Dana Schutz y exposait son œuvre Open Casket, qui représente Emmett Till, un jeune Noir assassiné en 1955. Considérant que cette femme blanche n’avait pas le droit de se prononcer sur un sujet aussi sensible pour les Noirs, des militants afro-américains ont crié que c’était bien là la preuve que l’art contemporain est mené par des colonialistes blancs qui se croient tout permis. Certains excités du bocal ont carrément demandé au Whitney... de détruire l’œuvre.

Bizarrement, personne ne s’est dit que, si cette peintre avait choisi de représenter un Noir victime d’injustice, c’était peut-être... pour dénoncer cette injustice.

Cette rectitude politique complètement débile est en train de prendre des proportions absolument effrayantes.

C’est tellement rendu absurde que je ne sais plus s’il faut en rire ou en pleurer.

Le grand chanteur français Jean Ferrat a fait une chanson bouleversante sur les camps de concentration qui s’intitulait Nuit et brouillard. C’est une des œuvres les plus puissantes du répertoire de la chanson française. Sur une musique à glacer le sang, Ferrat chante: «Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers, nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants.» Or Ferrat n’était pas juif. S’il était vivant aujourd’hui, pourrait-il écrire une chanson sur le sort des six millions de juifs assassinés dans des camps de concentration ou est-ce qu’il se ferait accuser d’appropriation culturelle?

Au sujet de la controverse autour du tableau de la peintre blanche, Le Devoir a interviewé une prof (de l’UQAM, évidemment) qui a déclaré: «Les Noirs ne sont jamais représentés heureux, vivants. Je comprends leur exaspération de voir que l’image de leur communauté est toujours déformée par la même partie de la société.»

Donc, un Blanc ne devrait jamais représenter un Noir mort, parce que ça véhicule des stéréotypes?

LE MONDE À L’ENVERS

J’essaie de comprendre dans quel monde ces militants-lobbyistes veulent vivre. Seuls les gays pourraient avoir des personnages gays dans leurs séries, leurs films, leurs romans? Seuls les Noirs peuvent créer des personnages noirs ou se prononcer sur des injustices faites aux Noirs? Seuls les transgenres peuvent faire des publicités mettant en vedette des personnes transgenres?

C’est quand même fou: alors qu’on parle constamment d’ouverture, de vivre-ensemble, de tolérance, on a plutôt l’impression que l’horizon se resserre. Au lieu de s’intéresser à ce que vivent les autres, on se regarde le nombril.

Bientôt, les artistes blancs hétéros n’auront plus le droit de parler que de la réalité des Blancs hétéros.

Alors qu’il y a quelques décennies, on dénonçait les ghettos, on est en train d’en créer de nouveaux.