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Faites donc ça simple!

Faites donc ça simple!
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Plus le monde se complexifie, plus les partis politiques traditionnels – une invention britannique pour simplifier l’émergence du parlementarisme au 17e siècle – déçoivent.

Bien des jeunes rêvent de démocratie directe, même de parti unique. Moins compliqué, plus efficace et enrichissement garanti, comme en Chine.

Aux États-Unis, Trump et les républicains agissent comme si leur rôle se limitait à représenter les Américains qui ont voté pour eux, plus proche de la «démocrature» que de la démocratie. En passant, les Pères fondateurs redoutaient les partis politi­ques pour cette raison.

Au Québec

Depuis les années 1960, les partis élargissent leur offre, question d’attirer un maximum d’électeurs ou de retenir ceux qui voudraient aller protester ailleurs. Ce que les anglophones appellent big tent politics. Tout le monde sous le chapiteau et faites entrer les gladiateurs.

Ainsi, le Parti québécois se définit comme une coalition non idéologique en faveur de l’indépendance. «...Nous sommes portés à associer la souveraineté à la gauche. Mais ce n’est pas le cas», rappelle l’essai L’indépendance pour tous trouvé sur le site du PQ.

Une fois le pays réalisé, les Québécois choisiront des gouvernements de gauche, de droite ou de centre, au gré des élections. Autrement dit, on verra.

Et quand il flirte avec Québec solidaire, un parti opposé à l’existence même d’un Québec capitaliste – ce qui a le mérite d’être clair –, le PQ ajoute encore plus à la confusion.

La CAQ, une autre coalition, a du mal à se définir. Être un jour à gauche, un jour à droite, un jour nationaliste, un jour fédéraliste ne donne pas l’impression que le parti s’adresse au plus grand nombre possible, mais qu’il ne parle à personne de convictions qu’il n’a pas.

Pour leur part, les libéraux, eux, savent qui ils sont: pro-économie, pro-libertés individuelles tout en faisant le moins de vagues possibles. Pas très excitant, mais rassurant, comme le démontrent les sondages qui mettent tous le PLQ en tête des intentions de vote, malgré la grogne.

À Ottawa, Justin Trudeau, vendeur itinérant de simples voies ensoleillées, reçoit l’approbation de 59 % des Québécois, selon un sondage Ipsos du 1er avril. Et ce n’est pas une histoire de pêche...

Phénomène international

L’état actuel du monde pourrait laisser croire que les électeurs du monde entier préfèrent des partis pluralistes, adaptables, idéologiquement souples pour faire face aux multiples défis, mais la réalité est autre, chacun avec ses différences.

Marine Le Pen ajoute à son discours identitaire-sécuritaire une pluie de cadeaux de l’État: la retraite à 60 ans, plus d’argent pour les familles, une baisse des tarifs d’électricité et l’assainissement des finances publiques. On est en France, après tout.

Donald Trump a été élu parce qu’il pouvait résumer son programme en quelques mots: immigration, emplois, impôts, ponctués de great et de fantastic, et insultant ses adversaires à coup de sad, sick et dishonnest.

Certains qualifieront de «populis­me» ce désir de revenir à des partis politiques au service de convictions claires, intellectuellement honnêtes et simplement exprimées.

Peut-être, mais est-ce mal de chercher des lignes nettes quand le brouillard fait main basse sur la voie publique?

En prime, cela nous sauverait peut-être de la très dangereuse démocratie directe.