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Le Canada, un vrai pays sans bon sens

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Janine Sutto n’aura pas de funérailles nationales. Même si le site officiel du Gouvernement du Québec mentionne spécifiquement qu’une personne ayant «marqué la vie politique, culturelle ou sociale du Québec» y a droit. Il faut croire que Janine n’en a pas fait assez!

Le site ajoute que la décision d’accorder ou non des obsèques­­ nationales appartient au gouvernement. À Québec, le premier ministre Philippe Couillard a expliqué que les funérailles nationa­les sont réservées aux personnalités qui ont eu un «rayonnement international».

Que Janine ait joué dans Kamouraska et Congorama, deux films coproduits avec la France et la Belgique et qui ont eu un certain succès en Europe, ne compte pour rien. Pas plus que le succès à Paris du spectacle musical Les Belles-sœurs, dans lequel Janine a personnifié Olivine Dubuc. Qu’elle soit Chevalier des Arts et Lettres de France ne signifie pas non plus que Janine a eu un «rayonnement international». Que voulez-vous, la France n’est plus tellement internationale!

PAS ENCORE ASSEZ

Cinq prix «hommage», le prix du Gouverneur général, 19 longs-métrages et 43 séries et émissions de télévision en 61 ans ne suffisent pas non plus pour mériter des obsèques nationales. Compagnon de l’Ordre du Canada, chevalière de l’Ordre du Québec et citoyenne d’honneur de Montréal, ça ne compte pas davantage.

Louis Laberge a dû en faire plus que Janine puisque l’ancien­­ boss de la FTQ a eu droit à des obsèques nationales. Claire Casgrain et Claude Béchard aussi. Pauvre Janine, elle n’a pas assez rayonné!

Mon indignation explose quand je constate qu’en dehors du Québec aucun quotidien anglophone n’a, à ma connaissance, fait allusion à la disparition de Janine Sutto. Même le tweet du premier ministre Justin Trudeau n’a alerté personne. Pourtant, le Hollywood Reporter a publié un bel article à l’occasion de sa mort. Janine a au moins rayonné jusqu’à Hollywood.

MAUDIT PAYS SANS BON SENS

Dans quel maudit pays sans bon sens vivons-nous? C’est comme si, au Québec, on passait sous silence le décès de Margot­­ Kidder ou de Gordon Pinsent, par exemple. Mais suis-je si certain que nos journaux mentionneraient leur décès? Entre le Canada francophone et celui qui parle anglais, il y a un mur plus étanche que celui que veut ériger Donald Trump entre les États-Unis et le Mexique.

Si Ottawa et tous les organismes fédéraux imposent que les femmes soient représentées à égalité avec les hommes, qu’on reconnaisse enfin l’importance des Premières Nations, pourquoi n’imposerait-on pas des échanges culturels obligatoires entre francophones et anglophones?

Qu’on échange les chefs d’orchestre pour certains concerts, qu’on finance des tournées de spectacles dans toutes les provinces, qu’on subventionne des chanteurs et des ensembles pop pour qu’ils se produisent partout au pays, qu’on oblige Radio-Canada à diffuser, doublées ou sous-titrées, les meilleurs dramatiques de la CBC et vice versa, qu’on fasse respecter rigoureusement la loi sur les langues officielles, etc. Il y aurait mille façons de briser nos deux solitudes.

Des façons plus utiles que Canada: the Story of Us, la série si peu inspirante de la CBC pour célébrer le 150e anniversaire de la Confédération.

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

Pour compenser le manque à gagner des membres de sa haute direction, Bombardier leur permettra le double emploi, comme à la Sûreté du Québec.