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Une histoire inventée

Extrait de la télésérie <i>The Story of Us</i>.
Photo courtoisie Extrait de la télésérie The Story of Us.

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La boucle post-référendaire est bel et bien bouclée. À preuve: The Story of Us. Diffusée par la CBC pour le 150e de la fédération canadienne, cette télésérie déforme l’histoire, caricature les francophones, ignore les Acadiens et minimise l’apport des Autochtones.

Produite en anglais seulement, The Story of Us montre des personnages anglais sophistiqués et tirés à quatre épingles. Ceux d’ascendance française sont mal fagotés, sales et primaires.

En cela, cette télésérie dépasse de loin le vieux cliché des «deux solitudes». Elle confirme que le grand «nous» canadien repose de plus en plus sur une identité nationale dont le socle francophone est exclu ou caricaturé.

Deux décennies après le dernier référendum, face à un Québec affaibli au sein du Canada et un mouvement indépendantiste qui s’étiole, la «Belle Province» a perdu son attrait. Dans ce divorce de facto bien réel, l’indifférence règne.

Miroir, miroir...

Le message de la télésérie est clair comme de l’eau des Rocheuses: la «diversité» canadienne parle anglais, pense en anglais et réinterprète l’histoire en anglais. Que le vieux fantasme des «deux peuples fondateurs» repose en paix.

Plus tôt cette semaine sur mon blogue, je qualifiais The Story of Us d’aveugle et d’amnésique. Quand elle fait aussi défiler une brochette de «vedettes» canadiennes pour présenter ses différents thèmes, elle devient carrément pitoyable.

Cette manière à la mode de jazzer le passé réinterprété au goût du jour vise surtout à ne pas trop effrayer la plèbe — et encore moins les jeunes — avec de vrais intellectuels à l’écran. En cette ère de téléréalité et de faits alternatifs, comment s’en étonner?

Bref, sur la forme et sur le fond, The Story of Us est un miroir. Le miroir d’une ère décervelée, superficielle et sans mémoire. Le miroir aussi d’un Canada tel qu’il est et tel qu’il le sera de plus en plus.

Victoire posthume

Pour le Québec et les francophones du reste du pays, ce constat marque la victoire posthume de Pierre Elliott Trudeau, dont le fils siège à son tour comme premier ministre. C’est un pays où la France, le Québec et la francophonie canadienne deviennent peu à peu des accidents de l’histoire.

Il n’y a donc rien de surprenant à ce que le coauteur de The Story of Us soit John English, un ex-député libéral fédéral, auteur d’une biographie admirative de Trudeau père et membre de la Fondation Trudeau. Tout est dans tout, comme dirait l’autre.

L’effet de miroir est aussi confirmé par l’introduction qu’en fait Justin Trudeau lui-même. La présence d’un premier ministre — fait rarissime pour une série télévisée — cautionne en effet son contenu. Idem pour le silence de Mélanie Joly, sa bienheureuse ministre du Patrimoine.

The Story of Us est l’illustration maladroite d’un Canada où la marginalisation politique et historique du Québec et des francophones peut être diffusée sans broncher sur la télévision publique. «Ô Canada, ton histoire est une épopée», dit l’hymne national. Plus le temps passe, plus le Canada en perd la mémoire.