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Une frousse délectable

Une frousse délectable

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Vous ne croyez pas aux fantômes? François Blais, auteur prolifique, non plus, pas plus d’ailleurs que son alter ego, narrateur de son dernier roman. Et pourtant, vous marcherez sans peine et en frissonnant dans l’histoire qu’il va vous raconter.

François Blais, il faut d’abord le dire, est un fabuleux conteur: depuis 10 ans, dans chaque roman, il nous entraîne dans de nouveaux univers et de nouvelles manières de ­raconter. Oui, il est «l’une de ces voix qui comptent dans le paysage littéraire québécois», comme il le cite dans son dernier livre en se moquant de lui-même – et en dressant un petit état des lieux dudit paysage. On sourit tant il a raison, mais c’est aussi une ruse: le réalisme de son récit vous amènera précisément à croire tout ce qu’il lui plaira.

Ce nouveau roman, pourtant, est curieusement bâti. Il tient en deux histoires, l’une intitulée Les Rivières», la ­suivante appelée Les Montagnes.

Le premier récit nous annonce dès le départ la mort à venir d’une fillette, présente avec sa famille au centre ­commercial Les Rivières, bien connu à Trois-Rivières. Un court paragraphe pour la présenter, et on passe aux autres occupants du centre commercial: employés, clients, ­vieillards qui y traînent. De formidables portraits ­d’individus moins lisses que ce dont ils ont l’air: vous y penserez désormais quand vous irez faire des courses. Mais quand le récit se termine, la petite Clémence ­Lacombe qui va mourir n’est pas morte encore, elle vient seulement de disparaître. Enlevée par qui? Mystère.

Deuxième récit, qui a priori n’a rien à voir si ce n’est la région. L’auteur-narrateur s’installe pour deux mois en Mauricie, à Saint-Étienne-des-Grès, pour une résidence d’écriture. Ça se passera très mal, pour une raison donnée d’entrée de jeu: «Si je hais autant ce bled aujourd’hui, c’est surtout pour ce qu’il a fait de moi. Un type qui croit aux fantômes.»

Pris au piège

Il faut dire que le décor est campé comme un cliché: un homme seul dans une vieille maison isolée à la campagne. Forcément, puisque cela fait déjà quelque temps que la petite­­ Clémence a disparu, on s’étonnera à peine quand une fillette lui apparaîtra. Le voilà le lien avec la première histoire! Or, cette fillette-fantôme n’est pas Clémence. Et s’il n’y avait que la ­fillette... Que se passe-t-il donc dans cette maison de Saint-Étienne, et dans la tête de cet auteur-­narrateur rationnel qui s’abaissera même à faire venir une médium?

Et vous, vous êtes ­pareil: rationnel. Donc vous voulez comprendre. Et c’est ainsi que vous ­serez pris au piège jusqu’à la dernière ligne, et que vous réaliserez qu’en fait vous l’avez été dès la première page du roman. François Blais le prouve une fois de plus: il est bel et bien un fabuleux conteur. Mieux encore: un incontournable.