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Une histoire qui ne plaît pas à tous

L’Acadie aurait pu avoir une place, selon un des auteurs de la controversée série Canada: The Story of Us

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Les Acadiens oubliés, les Français dépeints comme malpropres aux côtés des Anglais et les Autochtones réduits au rôle de figurants. La série télévisée Canada: The Story of Us présentée à la CBC à l’occasion du 150e anniversaire de la Confédération, suscite la controverse dans l’est du pays, une polémique qui gagne peu à peu le Québec. Après une semaine de critiques, un des auteurs reconnaît désormais que sa série est incomplète.

En ondes depuis le 26 mars, la télésérie s’est déjà atti­ré les critiques du gouvernement québécois, de celui de la Nouvelle-Écosse, de plusieurs députés d’Otta­wa et de la Société nationale de l’Acadie.

Une vingtaine d’universitaires ont également signé une lettre ouverte dans laquelle ils accusent l’émission historique d’être centrée sur les Anglais et le rôle qu’ils ont joué dans la fondation du Canada.

« Bizarre »

«C’est très bizarre que, pour le 150e anniversaire, on décide de cibler une communauté et non tout le monde. Est-ce que le 150e ne touche que l’Ontario et les colons britanniques?» s’interroge l’historien Laurent Turcot, un des cosignataires de la lettre.

L’apparition dans la télésérie du champion d’arts martiaux mixtes Georges St-Pierre pour parler de la batail­le des Plaines d’Abraham est également critiquée, car plusieurs experts estiment que cela manque de sérieux.

C’est sans compter que, dans le premier épisode, on aperçoit Samuel de Champlain lors de son arrivée en Québec en 1608, alors qu’il est reconnu par les historiens qu’il a plutôt installé ses premiers campements en Acadie dès 1604, une étape de l’histoire canadienne pourtant évacuée.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, la déportation des Acadiens de 1755 est totalement ignorée.

Trudeau

Avec du recul, l’auteur et historien John English, qui a coécrit la série avec l’expert en arts autochtones Gerald McMaster, reconnaît désormais que l’Acadie aurait dû avoir une place, aussi petite soit-elle, dans la télésérie.

«En rétrospective, on aurait dû faire référence à des voyages précédents qui n’ont pas fonctionné à Sainte-Croix et à Port-Royal», admet-il.

Dans la foulée des critiques dont la série fait l’objet, John English a aussi été accusé de propager une vision de l’histoire qui plaît d’abord et avant tout aux libéraux et à la famille Trudeau, lui qui a écrit la biographie de l’ex-premier ministre Pierre Elliott Trudeau, père de Justin.

«Ce n’est pas l’histoire de la famille Trudeau, lance-t-il. Je trouve que c’est un lien étrange. J’ai l’impression que quelqu’un cherche quelque chose pour dire que c’est une interprétation libérale de l’histoire, quand ce n’est pas le cas», insiste M. English.

Le premier ministre Justin Trudeau n’a pas voulu commenter la controverse cette semaine, un silence qu’a aussi observé la ministre du Patrimoine canadien Mélanie Joly.

Le Journal a joint plusieurs représentants de grou­pes autochtones pour parler du traitement dont ils font l’objet dans la télésérie, mais ils n’ont pas voulu commenter.

Trois controverses marquantes

LES FRANÇAIS SALES ET INDISCIPLINÉS

  • Plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer la façon dont les Français sont présentés dans le premier épisode de la série.
  • «Les Français qui sont là-dedans sont tout sales, tout croches. Samuel de Champlain, qui est le fondateur de Québec et qui a découvert une partie de l’Ontario, n’est vraiment pas un leader charismatique, tandis que James Wolfe, lui, on dirait que c’est un demi-dieu», explique M. Turcot, qui est professeur au Département des sciences humaines, section histoire, de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).
  • La différence entre l’armée anglaise et l’armée française, à la bataille des Plaines d’Abraham, est également critiquée. Les Anglais sont présentés comme beaucoup mieux organisés que les Français, selon les critiques.

L’ACADIE IGNORÉE

  • La Société nationale de l’Acadie demande carrément des excuses publiques au réseau CBC, car la déportation des Acadiens de 1755 est complètement ignorée.
  • «Il est mentionné qu’avant le traité de Paris de 1763 il y a eu quelques établissements français qui ont été pillés, mais c’est beaucoup plus grave que ça», dit le président intérimaire de la Société nationale de l’Acadie, Xavier Lord-Giroux.
  • Au cours de la déportation, 10 000 Acadiens de la Nouvelle-Écosse ont été arrachés de leur milieu par la force, pour être éparpillés dans des colonies britanniques dans un objectif d’assimilation de leur culture.
  • De plus, l’établissement de Samuel de Champlain à Sainte-Croix, à la frontière américaine en 1604, puis à Port-Royal en Nouvelle-Écosse, passe sous le radar.
  • Samuel de Champlain est aperçu pour la première fois quand il arrive à Québec en 1608.

LES AUTOCHTONES PEU IMPORTANTS

  • Il est reproché à la série d’avoir tronqué des milliers d’années d’occupation autochtone du territoire en quelques minutes, jusqu’à l’arrivée des premiers colons européens.
  • «On aurait dû donner une voix plus forte aux Autochtones», dit l’historien Laurent Turcot, qui estime que les Amérindiens sont presque des figurants par moments.
  • La production considère que les Premières Nations ont eu une bonne place. «C’était important que l’égalité soit présentée dans les deux premiers épisodes, également de démontrer comment les nations amérindiennes se sont alignées très rapidement avec les différentes puissances européennes», dit l’expert en arts indigènes Gerald McMaster, qui a travaillé comme auteur et consultant, et qui est lui-même autochtone.