/misc
Navigation

Nos auteurs

Jean-Marc Légercombat des générations

Le règne des baby-boomers est terminé

bloc léger
Photo Chantal Poirier

Coup d'oeil sur cet article

Le Journal vous propose une nouvelle chronique qui fait suite à l’une des conclusions du livre Le Code Québec. L’influence des baby-boomers s’effrite, alors que celle des milléniaux s’impose. Pour mieux comprendre cette génération de milléniaux, nous vous invitons à lire cette nouvelle chronique mensuelle écrite à quatre mains sous forme d‘une discussion entre un baby-boomer (Jean-Marc Léger, âgé de 55 ans) et un millénium (son fils Philippe Léger, âgé de 22 ans). 

Les baby-boomers ont dominé le Québec depuis les années 1960 par leur poids démographique et économique. Ils ont déterminé le cours de la société québécoise, choisi les gouvernements, dirigé les entreprises, imposé leur culture et créé les nouvelles tendances. Bref, comme Dieu, ils étaient partout et décidaient de tout.

Pourquoi pensez-vous que la mode est aujourd’hui au golf, au jardinage, au yoga, aux chalets, à la rénovation et aux émissions de cuisine? C’est parce que les baby-boomers vieillissent, qu’ils ont plus de 53 ans et qu’à cet âge, c’est fini le sport extrême, les dépenses inutiles ou le fast food. On est passé doucement du baby-boom au papy-boom.

Les milléniaux s’en viennent

Pourquoi la priorité à la santé plutôt qu’à l’éducation? Pourquoi ce débat interminable sur les accommodements raisonnables? Pourquoi habite-t-on davantage la banlieue? Pourquoi le Québec est immobile et n’a plus de grands projets? Pourquoi plusieurs souhaitent un «Make Quebec Great Again»?

Tout simplement parce que les baby-boomers sont plus vieux et plus conservateurs, préparent leur retraite et recherchent maintenant la stabilité. Fini le rêve des baby-boomers de changer le monde, place aux milléniaux qui veulent conquérir le monde.

Le règne des baby-boomers est terminé. Cette génération ne représente plus que 27% de la population et perd des membres tous les jours. D’ici trois ans, les milléniaux deviendront le groupe domi­nant au Québec.

JML: Philippe, les milléniaux sont-ils si différents des baby-boomers?

PL: On vit dans deux mondes parallèles. Notre manière de parler, de communiquer, de consommer et de vivre est différente. Nous sommes nés avec les nouvelles technologies. Elles améliorent nos vies et nos rapports
humains, et ce, malgré ce que tu en penses.

JML: J’ai tellement de questions pour toi, mais j’ai l’impression que tu ne m’écoutes jamais plus de deux minutes. C’est plus facile de te texter que de te parler. J’aimerais te parler de la vie, de tes joies et de tes peines, de tes espoirs et tes angoisses, de ta carrière et de tes ambitions, de l’amour et même d’argent. De quoi aimerais-tu parler en premier?

PL: C’est rare que les baby-boomers parlent d’argent, comme si c’était un péché pour vous. Les jeunes n’ont plus cette résistance judéo-chrétienne à parler d’argent. L’argent occupe une place importante dans notre vie.

JML: Vous pouvez bien parler d’argent, mais vous dépensez souvent l’argent des autres. Le sondage démontre que 85 % des jeunes ont acheté, au cours de la dernière année, un produit dont ils n’avaient pas besoin contre 56 % chez les baby-boomers. Vous pouvez bien être endettés si vous dépensez plus que vous gagnez...

PL: Nous sommes la génération de l’instantanéité. Nous voulons quelque chose, nous nous le procurons en un seul clic sur internet. Nous voulons vivre des émotions et ce n’est pas le produit que nous avons acheté qui importe, mais l’expérience qu’il nous fait
vivre. Il y a aussi le revers de la médaille: on est aussi très stressé par la possibilité de manquer d’argent. Un cercle vicieux.

JML: L’argent est aussi important pour les baby-boomers, mais c’est vrai que nous sommes mal à l’aise d’en parler. Jamais je ne vais dire que je suis riche, car les gens vont me regarder de travers. J’aime mieux parler des 400 emplois que je crée que du profit de mon entreprise.

PL: Assumez-vous! Au Québec, nous avons encore peur du succès. Non seulement nous voulons parler d’argent, mais nous voulons en gagner. Gagne­r de l’argent n’est plus la finalité, mais une maniè­re de devenir indépendant des autres et de pouvoir décider librement. Ça te permet de travailler à ton rythme, de voyager à travers le monde et d’aider ton entourage. Et, pour beaucoup de jeunes, c’est une occasion de démarrer son entreprise, de travailler en équipe et de conquérir le monde.

JML: Le sondage qui m’a le plus surpris cette année est celui sur l’entrepreneuriat des jeunes. Il y a 10 ans seulement, 7 % Québécois voulaient démarrer leur entreprise, aujourd’hui, c’est 21 %. Et ça grimpe à 42 % chez les jeunes. Wow, vous m’impressionnez!

PL: Mais, paradoxalement, notre principal obstacle à nous lancer en affaires est justement le manque d’argent. Les étudiants s’endettent trop pour obtenir leur diplôme avec une dette moyenne de plus de 13 000 $. Elle a même doublé en 15 ans. Une chose est certaine, c’est que l’argent n’est plus péché chez les jeunes. On trouve plus de 40 % de jeunes  qui affirment que l’argent fait le bonheur, soit près du double des baby-boomers. Les milléniaux savent ce qu’ils valent et savent surtout ce qu’ils veulent. Tasse-toi de là, mon oncle!

 

Le son d’âge

Est-ce que faire de l’argent est important pour vous ?*

  TOTAL MILLÉNIAUX BABY-BOOMERS
OUI 75 % 87 % 67 %
NON 20 % 9 % 27 %
NSP 5 % 3 % 4 %

*Sondage réalisé par Internet auprès de 1008 Québécois entre le 10 et le 13 février 2017

Vous est-il arrivé, au cours de la dernière année, d’acheter un produit dont vous n’aviez pas besoin ?*

  TOTAL MILLÉNIAUX BABY-BOOMERS
OUI 68 % 85 % 56 %
NON 32 % 15 % 44 %

*Question provenant du livre à succès de Pierre-Yves McSween, En as-tu vraiment besoin?

Êtes-vous stressé par la possibilité de manquer d’argent ?

  TOTAL MILLÉNIAUX BABY-BOOMERS
OUI 64 % 76 % 48 %
NON 36 % 24 % 52 %
  • Génération silencieuse : née entre 1925 et 1945
  • Génération baby-boomers : née entre 1946 et 1964
  • Génération X : née entre 1965 et 1981
  • Milléniaux (ou génération Y) : nés entre 1982 et 2000
  • Génération Z : née après 2000