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Éloge de la nostalgie

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Bernard Émond est surtout connu pour son œuvre de cinéaste, d’une puissante et austère beauté.

Mais c’est aussi un écrivain essentiel. Vous me pardonnerez d’utiliser cette chronique pour vous parler de son plus récent livre.

Le titre: Camarade, ferme ton poste. Il s’agit d’une réflexion sur notre monde comme il ne va pas.

Décomposition

D’un chapitre à l’autre, et avec une écriture poignante, Émond fait le portrait d’une civilisation en décomposition.

Elle est écrasée par le bruit et la laideur.

Elle se soumet à un capitalisme mania­que qui détruit les cultures et nous transforme en consommateurs frénétiques n’ayant pas d’autres modèles que ceux liés à l’argent-roi.

Elle transforme notre monde en désert spirituel et culturel, qui condamne les âmes à la sécheresse.

Au cœur de ce beau livre, on trouve un sentiment honorable dont notre époque ne pense pourtant pas de bien: la nostalgie.

On aime la moquer. On l’assimile à une passion de vieillard gâteux accroché à ses souvenirs.

Bernard Émond chante plutôt sa grandeur secrète, sa noblesse.

Nous avons le droit de sentir que nous avons perdu quelque chose d’essentiel dans notre modernité frénétique.

Quoi?

Le sens de la gratuité. L’authentique quête de spiritualité. L’admiration pour les grandes œuvres de l’esprit. La richesse de liens humains qui ne soient pas qu’instrumentaux.

Émond aimerait voir le commun des mortels fermer sa télévision et ouvrir un livre.

Beauté

Émond nous invite à nous réconcilier avec nos ancêtres qui savaient prier et se recueillir, et qui méritent peut-être un peu de tendresse.

Il aimerait voir les Québécois assumer leur héritage culturel.

Il célèbre un monde où les peuples auraient le droit de défendre leur identité, car sans elle, ils sont condamnés au vide, et j’ajouterais, au néant.

Et je le redis, il le fait avec une plume splendide.

Lisez ce livre. Il vous éclairera et vous bouleversera.