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Pierre Moreau forcé de défendre une nomination politique

Le ministre a recommandé un ancien patron de Bell aux commandes du CSPQ

Pierre Moreau
Photo Simon Clark Pierre Moreau

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Questionné sur la nomination d’un ancien patron de Bell à la tête d’un organisme qui octroie des dizaines de millions de dollars chaque année à Bell, Pierre Moreau réplique qu’il faut éviter «les chasses aux sorcières».

Président du Conseil du trésor, M. Moreau a recommandé la nomination de Christian Goulet à titre de président du Centre des services partagés du Québec (CSPQ). La nouvelle a été officialisée le 5 avril. Le CSPQ dépense près d’un demi-milliard de dollars par année, dont une grande partie en informatique et en télécommunication. L’organisme a versé plus de 300 M$ à Bell depuis 2009.

De 1997 à 2014, M. Goulet était chez Bell Canada successivement directeur général des ventes et vice-président adjoint, secteur public, au Québec. Il est ensuite passé au secteur public comme gestionnaire à la CARRA et à la nouvelle CSST, la CNESST.

M. Goulet est «un gestionnaire de très haut niveau», a lancé M. Moreau en point de presse mercredi matin.

RITM

Notre Bureau d’enquête a soumis au ministre l’exemple du RITM (Réseau intégré de télécommunication multimédia), qui permet le partage de services, d’information et données entre les organismes publics. C’est Telus, devant Bell, qui bénéficie du contrat actuel qui doit se terminer en 2018 et qui pourrait atteindre 923 M$.

Le CSPQ est en négociation pour le prochain contrat et Bell pourrait être un des soumissionnaires.

Est-ce que M. Goulet devrait se retirer de certains dossiers impliquant son ancien employeur?

«Vous demandez s’il y a un conflit d’intérêts? La question des conflits d’intérêts est réglée par la publicité qui est faite de l’ensemble des contrats publiés par le CSPQ selon les seuils, par les mécanismes de contrôle, par l’ensemble des dispositions légales adoptées depuis et avant la Commission Charbonneau pour l’intégrité des marchés», réplique le ministre Moreau.

«Je ne vois pas en quoi le fait que ce monsieur ait été un gestionnaire d’une grande entreprise le disqualifierait pour un travail au sein de la fonction publique.»

La question, pour M. Moreau, n’est pas de se demander si M. Goulet doit se retirer de certains dossiers, mais plutôt si les mécanismes de contrôle sont suffisants. Et ils le sont, selon lui.

«Tribunal d'inquisition»

Relancé sur le fait que la vérificatrice générale a justement soulevé des préoccupations sur les mécanismes du CSPQ, M. Moreau réplique que le vérificateur général, l’UPAC et l’autorité des marchés publics sont aussi des mécanismes de contrôle.

«Je suis contre ce tribunal d’inquisition, ajoute-t-il. Moi, je suis contre la chasse aux sorcières qui fait en sorte que des gens qui sont compétents dans le secteur privé ne puissent pas fournir des services dans le secteur public.»

Un individu «ne devient pas suspect parce qu’il a été compétent dans le secteur privé», poursuit M. Moreau.