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Pour des écoles privées vraiment privées

Classe, école
Photo Agence QMI / Archives

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Candidat pour Québec solidaire (QS) dans le comté de Gouin, Gabriel Nadeau-Dubois (GND) a annoncé sa présence aujourd’hui au Salon bleu de l’Assemblée nationale.

Pour les uns, de la grande visite. Pour les autres, le porteur d’un débat dont la vaste majorité des députés ne veut pas.

On parle ici de la question controversée du financement public à hauteur de 60 à 70% pour les écoles primaires et secondaires dites privées.

Seuls Québec solidaire et GND font la promotion d’une idée qui reflète pourtant le choix de la plupart des autres provinces canadiennes. Soit l’élimination des subventions publiques aux écoles privées.

La présence de GND à l’Assemblée nationale s’explique aussi par la présentation par QS de la motion suivante :

«Que l’Assemblée nationale demande au gouvernement qu’il cesse de financer les écoles privées et qu’il mette fin au système d’éducation à deux vitesses. Que l’Assemblée nationale demande au gouvernement de s’assurer que le financement étatique favorise l’équité dans la répartition des ressources, l’égalité des chances des élèves et la qualité du réseau public d’éducation».

Surtout, dans le contexte où son arrivée en politique active a fait bondir le nombre de membres chez QS, la présence de GND vise aussi à entretenir la visibilité et la popularité montante de l’ex-leader étudiant. Pour ses futurs collègues députés des autres partis, c’est aussi un avant-goût de sa propre présence éventuelle comme député élu.

Sur la question délicate d’une possible «convergence» PQ-QS en vue de l’élection générale de 2018, ce débat sur le financement public des écoles privées divise évidemment les deux partis.

En point de presse dès ce matin, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, l’a clairement signifié. Une position du Parti québécois par ailleurs déjà connue.

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Sur le fond des choses

Sur le fond des choses et ce, bien avant la proposition de QS, ma propre perspective sur cette question est demeurée ce qu’elle est. J’y ai d'ailleurs consacré divers textes au fil des ans.

Moi-même un produit de l’école publique québécoise et très fière de l’être, je trouve ces subventions publiques au secteur dit privé comme étant profondément inéquitable sur le plan social.

Le 30 mars dernier, j’en écrivais ceci en chronique :

«Personne, ou presque, ne parle toutefois de l’éléphant dans la pièce. Le pachyderme en question étant notre propre système qui, au primaire et au secondaire, est jugé avec raison par le Conseil supérieur de l’éducation comme étant le plus «inégalitaire» au Canada. (...)

Résultat: le beau principe de l’«égalité des chances» prend le bord. La mobilité sociale des enfants moins favorisés étant sa principale victime.

Le premier geste à poser pour redresser une telle injustice est pourtant évident: s’aligner sur d’autres provinces comme l’Ontario en mettant fin aux subventions publiques des écoles privées.

Fini l’iniquité et l’«écrémage» des élèves par des écoles dites privées, mais dont les budgets sont subventionnés au Québec à hauteur de 60 à 70 %. (...)

C’est ce que propose Gabriel Nadeau-Dubois, candidat pour Québec solidaire dans Gouin. Or, au Québec, c’est le tabou ultime. Quel autre parti, qu’il soit au pouvoir ou vise sa conquête, osera dire cette vérité aux parents dont les enfants profitent d’une telle iniquité? Qui risquera d’encourir la colère d’autant d’électeurs? Poser la question...

Qui, parmi les élus, risquera de voir ses propres enfants ne plus profiter du même système d’éducation à vitesses multiples? On aura beau réinjecter tout ce qu’on veut en aval, tant que cette injustice flagrante au primaire et au secondaire n’est pas éliminée en amont, la suite restera à l’avenant.»
 

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C’est quoi, l’«égalité des chances»?

L’égalité des chances est un principe fondamental d’équité sociale, mais il est oublié depuis longtemps.

Soit qu’on le confond avec l’égalité de résultats et de statut. Soit qu’on le prend à tort pour un dogme socialiste.

Le principe d’égalité des chances est pourtant un principe foncièrement libéral. «Libéral», non pas dans le sens partisan du terme, mais dans son sens politique et philosophique.

L’égalité des chances est toutefois un principe extrêmement exigeant. Au point où même les rares sociétés les plus équitables n’atteignent jamais à la perfection. L’important est de viser une égalité optimale des chances.

L’égalité des chances ne postule pas une égalité de conditions de vie des enfants (classe sociale, religion, sexe, etc...) – cette égalité n’existant nulle part.

Elle postule plutôt qu’indépendamment de cette inégalité de conditions de vie, l’État doit fournir aux citoyens les moyens de disposer tout au moins de chances équivalentes pour promouvoir un autre principe – celui de la mobilité sociale.

Le principal socle du principe d’égalité des chances repose sur un système de santé et d’éducation public, de qualité et accessible à tous, nonobstant le niveau de revenus de chaque individu.

Or, au Québec, malgré les progrès indéniables de la Révolution tranquille, notre système d’éducation primaire et secondaire demeure le plus inégalitaire au pays.

Quant au système de santé, nul besoin d’épiloguer longtemps sur son affaiblissement évident et inquiétant depuis les deux dernières décennies, ni sur l'accélération de la privatisation des soins et des services sociaux qui en résulte.

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Combien d’élus?

Parlant d’égalité des chances, il serait en effet intéressant – et révélateur -, d'avoir la liste des élus dont les enfants fréquentent une école privée subventionnée.

Pourquoi? Parce que l’on saurait combien ils sont à manquer autant de confiance envers le même système public d’éducation dont ils sont pourtant les premiers gardiens sur le plan politique.

On pourrait alors leur demander pourquoi ils manquent autant de confiance. La question se pose en effet. Du moins, s’ils acceptaient de répondre à la question en toute franchise.

Si tel était le cas, mon petit doigt me dit qu’on en apprendrait alors beaucoup sur la vision réelle qu’ont nos élus de l’école publique québécoise...