/opinion/blogs/columnists
Navigation

Pâques est-il une fête religieuse?

Pour les chocolatiers, Pâques est une fête importante.
© Benoît Gariépy - LE JOURNAL DE QUÉBEC

Coup d'oeil sur cet article

Pâques est-il une fête religieuse ou un simple jour férié comme un autre? Non, non. Ce n’est pas une question piège.

Comme le rapporte le Journal, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, s’est fait poser la même question ce matin en point de presse.

Or, dans son cas, ça sentait tout de même un tantinet la question piège...

Et voici la question :

«Pendant la course à la chefferie, vous aviez reproché à Alexandre Cloutier d'avoir souligné une fête musulmane. Vous avez dit vous-même qu'un politicien québécois, à votre avis, ne devait souligner que deux fêtes, des fêtes catholiques, Pâques et Noël.

À la fin de la course, vous avez aussi dit que vous alliez recentrer votre discours maintenant que vous étiez chef du Parti québécois. Je me demandais si, sur cet enjeu-là, vous avez évolué dans votre pensée ou si, selon vous, un politicien québécois ne devrait souligner toujours que Pâques et Noël?»

***

Que voulez-vous, il y a des fois où un politicien devrait passer son tour, mais bon, réponse il y a eu de la part de M. Lisée :

«Non. Je pense que vous avez mal lu. Ce que j'ai dit à l'époque, c'est que je n'avais aucune difficulté à ce qu'un politicien souligne des fêtes religieuses, mais s'il le faisait, qu'est-ce qu'il faisait avec les athées?

C'était la question que je posais et que moi, mon choix à moi, sans condamner les choix des autres, mon choix à moi, c'était de souligner, pour ce qui est de la diversité en général, plutôt des fêtes non religieuses.

Je veux parler à la diversité non à travers leurs religions mais à travers (...) (des) événements culturels, donc les événements qui rassemblent autour d'éléments qui ne sont pas divisifs comme la religion.

Je pense que la religion divise, la culture unit et donc la diversité québécoise n'est pas définie par sa religion, elle est définie par beaucoup plus que ça, une des choses qu'on reproche au cours Éthique et culture religieuse, qui définit la diversité seulement à travers leurs religions alors que, comme pour les francophones d'origine catholique, la majorité des membres de la diversité ne sont pas pratiquants, y compris les musulmans.

L'immense majorité des musulmans au Québec ne sont pas pratiquants. Alors donc, ce qui est dans notre calendrier civil, qui vient du calendrier romain, c'est-à-dire, Noël et Pâques, je le souligne bien sûr, mais je souligne aussi les autres événements marquants de la vie civile du calendrier civil des autres communautés, comme ces nouvelles années. (...)

Et comme vous le savez parce que vous avez une grande culture, la chrétienté a récupéré, avec Noël et Pâques, des fêtes païennes qui lui préexistaient.»

***

Désolée pour la longueur de la citation, mais c’est la seule manière de ne pas trahir la pensée d’une personne lorsqu’elle se fait le moindrement, disons, complexe.

Or, l’important ici est le message envoyé par cette déclaration.

Tout chef de parti est bien entendu tout à fait libre de souligner ou pas les fêtes religieuses, jours fériés ou pas. Là-dessus, M. Lisée le reconnaît lui-même et comme les autres, il peut faire ce qu’il veut.

Là où le bât blesse est lorsqu’il semble nier le caractère religieux de Pâques et de Noël. (Addendum: la formulation de son explication étant imprécise, une précision fut apportée par après à l'effet qu'il pense que Pâques et Noël ne sont pas que des fêtes religieuses.)

Or, qu'elles soient célébrées de manière religieuse par certains et pas du tout par d'autres - qu’ils soient des chrétiens «pratiquants» ou pas -, ne change rien à la nature originelle de ces deux fêtes.

Pour ce qui est de la «diversité» québécoise, M. Lisée postule également que la religion «divise» et que la culture «unit».  

D’où son choix, dit-il, de s’adresser aux membres de cette «diversité» à travers des événements «culturels» et non pas «religieux».

Le postulat est un brin étrange. Certains diraient que la culture peut aussi «diviser» lorsqu’elle se fait trop frileuse ou stagnante, mais ça, c’est une autre histoire.

Souhaiter un Joyeux Noël à des chrétiens ne suppose pourtant pas que la personne qui le fait partage la même foi. Idem lorsqu’elle souligne le début du Ramadan à des musulmans ou la fête du Pessa’h à des personnes de confession juive. Etc.

Cela ne veut pas dire non plus qu’elle exclue les personnes qui ne sont pas «pratiquantes». Ou encore, qu’elle ignore les personnes athées. Ni que les membres de la «diversité» ne se définissent que par la religion, loin s'en faut.

Le vaste débat sur la «laïcité» de par l’Occident devrait au moins nous l’avoir appris.

Reconnaître le caractère religieux d’une fête est une chose tout simplement factuelle. Que l’on se contente ou non de manger du chocolat à Pâques sans la moindre référence religieuse ne change rien au sens premier de la fête.

Cela témoigne seulement de la liberté dont nous jouissons heureusement de ne professer aucune foi ou encore, de «pratiquer» ou non la religion de nos parents, quel qu'elle soit.

Tout comme souligner une fête religieuse sans en partager la foi est pour plusieurs, croyants ou non, pratiquants ou non, un simple geste de courtoisie.

Cela dit, encore une fois, les politiciens sont tout à fait libres de souligner ou non les fêtes religieuses...

***

Sur ce, vous me permettrez, je l'espère, de vous souhaiter à tous et à toutes de très Joyeuses Pâques. Que vous les fêtiez de manière chocolateuse et/ou religieuse.