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Prison pour un policier fraudeur

Il a inventé le vol de son véhicule pour obtenir 23 000$ de son assureur en 2008

Jean Barbeau
Photo Chantal Poirier

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Un ex-enquêteur de la Sûreté du Québec ira en prison pour avoir fraudé sa compagnie d’assurance en faisant disparaître son véhicule dans le fleuve.

Le 1er novembre 2008, Jean Barbeau a fait appel aux policiers pour déclarer le vol de son GMC Sierra 2006. Il prétend que sa voiture était dans son entrée privée lorsqu’il est parti pour aller souper chez ses beaux-parents.

Il déclare ensuite aux assurances son véhicule, d’une valeur de 42 000 $, ainsi que 10 000 $ d’outils laissés à l’intérieur. En janvier 2009, il a reçu plus de 23 000 $ de dédommagements.

Mais les choses se sont corsées pour lui quelques mois plus tard. Des plongeurs ont retrouvé par hasard sa voiture, dans le fond de la voie maritime, à 3 km de chez lui, à Ville Sainte-Catherine en Montérégie.

L’homme de 28 ans d’ancienneté comme policier s’est ensuite embourbé dans une série de mensonges afin de camoufler son crime.

Problèmes financiers

À la suite d’un procès qui s’est déroulé de façon discontinue sur deux ans, Jean Barbeau a été reconnu coupable en janvier dernier de faux document, document contrefait, tentative d’entraver le cours de la justice, méfait public ainsi que fraude.

C’est vraisemblablement des problèmes d’argent qui l’ont poussé à frauder sa compagnie d’assurance. En retard dans divers paiements, il n’avait même plus de cartes de crédit.

De plus, il aurait dépassé de plusieurs milliers de kilomètres le maximum permis par son bail de location, pour lequel il lui restait plus de cinq mois. Chaque kilomètre excédentaire lui coûtait 0,12 $.

«Son seul but était son propre bénéfice», a noté jeudi la procureure de la Couronne Julie Laborde, dans le cadre des représentations sur la peine au palais de justice de Longueuil.

Barbeau a en effet pu se procurer un véhicule plus luxueux grâce à l’argent de l’assurance, a-t-elle noté. L’avocate, qui a suggéré une sentence de deux ans de détention, a insisté sur le degré de préméditation.

«Ce n’est pas la fraude du siècle, mais c’était planifié, a-t-elle plaidé. On ne parle pas d’un coup de tête, cela a duré deux ans.»

3e clé dans le véhicule

Avant de mettre son plan à exécution, M. Barbeau s’est d’abord fait faire une troisième clé, retrouvée dans le contact du véhicule sous l’eau. Il a aussi demandé à un ami mécanicien de lui produire de fausses factures de changement d’huile, afin d’appuyer sa réclamation à l’assurance.

Me Laborde a également insisté sur le fait que M. Barbeau s’est servi de son statut de policier pour convaincre les enquêteurs de son innocence. Il a aussi manipulé sa conjointe et son beau-père pour qu’ils ne collaborent pas à l’enquête.

«On est en droit de s’attendre d’un policier qu’il soit de confiance. C’est un crime qui s’attaque directement à l’intégrité du système judiciaire», a dit Me Laborde.

M. Barbeau, qui plaide encore son innocence, a pour sa part tenté de convaincre le juge Pierre Bélisle de privilégier une sentence à purger dans la collectivité.

«Je suis un ancien policier, qui a travaillé aux crimes majeurs presque toute ma vie. Si je croise un individu que j’ai fait condamner, j’ai de sérieux problèmes», a insisté celui qui a décidé de se représenter seul depuis que son avocat a été nommé juge le mois dernier.

Mais le magistrat à son dossier a refusé, l’avisant qu’il devra prendre le chemin des cellules lorsqu’il aura décidé d’une peine adéquate.

«Je vois difficilement comment je pourrais vous donner du sursis. C’est plus facile avec des gens qui expriment des remords, a dit le juge Bélisle. Ce qui est lourd dans votre cas, c’est l’abus de confiance.»

M. Barbeau s’est aussi étendu sur les nombreuses conséquences depuis son arrestation: suspension au travail, divorce, problèmes financiers, problèmes de santé.

«Tout est tombé autour de moi. Ç’a causé une onde de choc et je ne m’en suis pas remis», a dit celui qui risque la destitution.


► Le juge Bélisle rendra sa décision le 24 avril.