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Tirer sur la «plug», seul choix de la CBC

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Quand c’est aussi mal barré que Canada : The Story of Us, c’est illusoire d’imaginer que les choses vont s’arranger ou que les téléspectateurs finiront par s’y faire. Hubert Lacroix, le pdg de CBC-Radio-Canada, aura beau se fendre en excuses, le diffuseur aura beau engager autant de conversations qu’il voudra sur Facebook, la série est foutue.

Qu’on cesse de s’enfoncer dans une mauvaise affaire! Qu’on retire la série des ondes et qu’on assume plutôt que continuer à antagoniser l’auditoire. Qu’on oublie surtout l’idée d’inonder les écoles d’une série qui n’instruira personne adéquatement. On ne célèbre pas le 150e de la Confédération d’un pays encore fragile en jetant de l’huile sur le feu et en divisant les citoyens.

Au lieu d’essayer d’éteindre la conflagration avec sa petite chaudière, Hubert Lacroix ferait mieux d’examiner les causes du fiasco.

DES RELATIONS INCESTUEUSES ?

Le 14 juin 2013, Julie Bristow, l’une des directrices de la CBC, a quitté la maison-mère de Toronto, mais on a laissé la porte entr’ouverte derrière elle. Deux semaines plus tôt, elle avait écrit sur Twitter qu’elle se lançait dans une «excitante aventure» et ajoutait «qu’il y avait de grosses affaires en vue pour elle» («big things to come»). Dans une entrevue subséquente au magazine Marketing, elle a déclaré «qu’elle et la CBC seraient partenaires dans des contenus stratégiques».

Six mois plus tard, la CBC diffusait NHL Revealed : A Season Like No Others, une minisérie de sept épisodes produite par Bristow Global Media, la compagnie que venait juste de créer Julie Bristow. Est-ce présomptueux d’imaginer qu’elle avait quitté la CBC avec cette série en poche?

UN CONTRAT HASARDEUX

Moins de deux ans après, la CBC lui confie sa série commémorative de la Confédération. Le risque est gros de donner pareil projet à une société au portefeuille plus que mince. Hockey Wives, une série documentaire sur les blondes de nos joueurs de hockey, et Pressure Cooker, une téléréalité culinaire, pour la chaîne W en plus d’un spécial, Kids Choice Awards Countdown 2015 pour IMDb. Voilà tout ce qu’avait produit Bristow Global Media.

Hubert Lacroix a-t-il été rassuré parce que Bristow suivrait servilement la recette de la compagnie américaine Nutopia, qui avait, il y a six ans, créé America : The Story of Us pour la chaîne History? En Angleterre, un historien, Michael Wood, avait présenté en 2012 à la BBC un concept s’y apparentant, mais mieux accepté. Lacroix savait-il que la recette, reprise telle quelle en 2015 par Seven Networks d’Australie, avait eu un succès mitigé?

Lacroix savait-il enfin que les critiques formulées aux USA comme en Australie ressemblent beaucoup aux nôtres: une histoire superficielle, des envolées plus ou moins convaincantes de vedettes du show business, du «fast food» historique, une série pour des enfants de 10 ans, etc.

Si Hubert Lacroix savait tout cela, pourquoi n’a-t-il pas veillé à ce que les responsables (?) de la CBC apportent une attention particulière à la série tout au long de sa production?

Pourquoi ce laisser-aller, cette irresponsabilité, cette confiance aveugle à des producteurs indépendants?

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

La Cour suprême pourrait-elle décréter que les Canadiens de Montréal ne peuvent rester plus de 24 ans sans avoir la coupe Stanley?