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Tomber des nues

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Deux des promesses phares de Justin Trudeau étaient la légalisation du cannabis et la réforme du mode de scrutin. La deuxième est reléguée aux oubliettes. Depuis jeudi, la première est tenue sous forme d’un projet de loi. Comme quoi il est plus facile de normaliser l’usage de la marijuana que de moderniser la démocratie canadienne. Cherchez l’erreur.

Maintenant que le dépôt du projet de loi est chose faite à Ottawa, les questions fusent et les inquiétudes, encore plus. Il faut dire qu’au lieu d’avoir profité des deux dernières années pour s’y préparer, les gouvernements provinciaux tombent des nues. Dans notre régime fédéral, ils savaient pourtant qu’ils hériteraient un jour de cette patate chaude.

D’ici la légalisation du cannabis à l’été 2018, la patate s’annonce d’ailleurs chaude sur tous les plans: sécurité publique, santé, prévention, éducation, distribution, services sociaux, justice, établir ou non un âge minimal plus élevé que 18 ans pour une consommation légale, etc.

Sur le plan théorique, la légalisation est certes une excellente idée. Après tout, la «guerre» des forces de l’ordre contre la consommation de cannabis n’a jamais empêché le crime organisé de s’en mettre plein les poches.

Jackpot

Le problème est que la même filière criminelle s’organiserait déjà sur le terrain. Question de profiter «légalement» /sic/ d’un marché potentiel évalué à plusieurs milliards de dollars par année. Sans jeu de mots, un jackpot d’une telle ampleur risque d’attirer bien des convoitises troublantes.

Des médecins soulèvent aussi leurs propres inquiétudes quant aux effets possibles sur la santé publique. Tout particulièrement chez les moins de 25 ans. Ce qui, inévitablement, soulève la question qui tue: une fois le cannabis facilement accessible, sa consommation chez les jeunes adultes ira-t-elle en augmentant? Or, poser la question, comme dirait l’autre...

Au Québec, elle se pose d’autant plus que selon l’Institut de la statistique, l’usage du cannabis est déjà en hausse chez les 15 ans et plus. Depuis quelques années, il serait passé de 12 à 15 %.

Casse-tête

Postulant qu’une fois légale, sa consommation montera, quels en seront les impacts sur la santé mentale, cognitive et physique parmi les plus jeunes qui en fumeront? Car dépendamment des spécialistes, la santé des moins de 21 ans ou 25 ans serait plus vulnérable aux effets négatifs d’un usage plus fréquent du cannabis.

Combien en deviendront dépendants? Dans les familles où les parents feront pousser des plants de marijuana, quel en sera l’impact à plus long terme sur la perception des enfants face aux drogues, toutes catégories confondues?

À une époque où la lutte contre le tabagisme continue de progresser, perdra-t-elle aussi du terrain une fois qu’il sera légal de fumer de la marijuana?

S’ils taxent le cannabis, les gouvernements deviendront-ils dépendants eux-mêmes des revenus qu’ils tireraient de la vente de cannabis? Si oui, quel intérêt auront-ils à investir plus fortement dans la prévention?

Bref, le casse-tête promet d’être complexe, et on vient à peine d’ouvrir la boîte de Pandore dans laquelle il se trouve.