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Un jour comme les autres

Labeur
Photo courtoisie Labeur
Julie Bouchard
Les éditions de la Pleine lune
145 pages

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Voilà un roman qui est comme une chorégraphie : s’y croisent et se recroisent au quotidien des gens qui, sans se connaître, sont pourtant en lien les uns avec les autres.

Du chauffeur de bus à la caissière du supermarché, du gardien de l’immeuble au prof d’université en passant par le facteur, le truand, la religieuse, tout le monde y est. Même vous. Oui, vous apparaissez à la page 65, et vous avez votre journée de travail dans le corps.

D’ailleurs, l’auteure s’en mêle aussi, qui se met en scène dans le chapitre qui suit celui vous concernant – et qui suit surtout tous les autres chapitres où étaient mis en vedette, à tour de rôle, les personnages les plus ordinaires qui soient «en ce 12 novembre de l’an deux mille quelque».

«Ordinaires», ça veut dire quoi? Ça veut dire des gens heureux, d’autres qui n’y arrivent pas; des gens qui veulent­­ changer de vie, d’autres de couple; des gens qui travaillent en s’ennuyant alors que d’autres, au contraire, le font en fredonnant, même s’il s’agit de ramasser des poubelles, ou avec fierté, même en leur dernier jour d’ouvrage avant de partir à la retraite­­.

On n’a pas idée, en fait, de la diversité humaine qui s’agite et que l’on côtoie­­ entre la sonnerie du réveil-matin­­ et le dernier coup d’œil à la télé ou à son portable, avant de se coucher. Normal, vous rassure l’auteure, œil narquois et sourire en coin: dans la vie, chacun pense à soi, à la rigueur au petit cercle qui l’entoure, et c’est bien assez. «Vous vous reconnaissez? Vous êtes de ces imparfaits dans une vie imparfaite­­, mais bizarrement, cela ne vous ébranle pas l’âme, tant d’imperfections. Vous acceptez cette vie comme elle, avec résignation.» Pas de quoi en faire un drame, vous êtes simplement­­ comme tout le monde: la caissière, le facteur, le prof, la religieuse, le truand...

Tragique et banal

Mais pendant que le lecteur savoure chaque portrait qui lui est présenté, Julie Bouchard, elle, s’affaire à dérouler­­ son fil. Avec perfection. Petit à petit, elle fait converger tout ce petit monde vers un dénouement à la fois tragique et banal. L’heure du malheur est d’autant plus terrible qu’elle est pour d’autres le moment du bonheur (ah! le grand amour!) et pour vous, l’occasion de vous révéler moins imparfait­­ que vous ne l’auriez cru, ce qui vous fera grand bien au moral.

Et puis, la vie continue: «il y aura encore­­ des chauffeurs d’autobus qui chantonneront derrière leur volant, des clients qui continueront d’acheter en sifflotant du chou frisé, des oignons et des panais dans la section des légumes­­ au supermarché, et il y aura aussi des passants qui marcheront sur les trottoirs, désinvoltes, se croyant à l’abri du malheur».

Jolie manière de conclure ce sympathique, amusant, intelligent petit roman­­ du quotidien, d’apparence tout léger. Mais les apparences, n’est-ce pas...