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Le Vendredi saint 2.0

Le toit du Centre Bell s’est soulevé après la victoire en prolongation du Canadien, vendredi.
Photo Ben Pelosse Le toit du Centre Bell s’est soulevé après la victoire en prolongation du Canadien, vendredi.

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NEW YORK | Une version ­moderne du match du Vendredi saint est entrée dans l’histoire du Canadien. Une mouture du hockey de la Ligue nationale d’aujourd’hui.

Le Tricolore et les Rangers nous ont donné un grand spectacle, vendredi soir. Il y a bien eu de la bagarre, mais rien de démentiel comme la version originale de la rencontre du Vendredi saint du 22 avril 1984 entre le ­Canadien et les Nordiques.

Le Réseau des sports est revenu sur cette soirée rocambolesque cette semaine avec un excellent documentaire.

Le hockey n’était pas pareil dans le temps. Les équipes avaient des postes spécifiquement pour des bagarreurs.

La rivalité entre le Canadien et les Nordiques était à nulle autre pareille.

Une haine viscérale opposait les deux équipes du Québec. Le peuple était divisé entre les Rouges et les Bleus. Comme à l’Assemblée nationale. Des familles s’entredéchiraient dans le temps des Fêtes.

C’était à la fois fou et rassembleur.

Personne n’était indifférent.

Fou mais inévitable

Lorsque la poussière est retombée, après le carnage survenu au Forum, il y a eu une prise de conscience. Ça n’aurait jamais dû se produire, mais c’était devenu inévitable.

Oui, c’est une pensée absurde. Mais ça allait de pair avec la mentalité du hockey de l’époque.

Aujourd’hui, Louis Sleigher regrette d’avoir asséné un sucker punch à Jean Hamel. Il pleure à chaudes larmes dans le reportage de RDS.

Il a essayé de parler à sa victime. Il lui adresse des excuses senties devant les caméras de télévision. Mais Hamel ne veut rien savoir de lui et ne tient pas à parler de cette soirée noire pour le hockey.

Un conflit qui a tout changé

La Ligue nationale a mis du temps à comprendre que des bagarres peuvent changer des hommes à jamais.

Les goons ont fait partie du décor durant deux autres décennies avant de commencer à disparaître.

Le changement a commencé à s’opérer après le lock-out qui a causé l’annulation complète de la saison 2004-2005. La disparition de la ligne rouge a éliminé les joueurs lents et démunis de talent. Le jeu est d’une ­rapidité étourdissante.

Par contre, d’autres problèmes sont apparus. Les équipes pratiquent des styles de jeu hermétiques.

Les soirées d’hiver sont souvent longues, au Centre Bell et dans les ­autres amphithéâtres de la ligue.

soirée grandiose

Mais vendredi, les amateurs en ont eu pour leur argent. Il y avait un bon moment que le Centre Bell n’avait pas vibré autant.

Les spectateurs ont vécu toute la gamme des émotions. Ils ont explosé de joie les deux premières fois que le Canadien a pris les devants.

Ils ont été déçus les deux fois que les Rangers ont créé l’égalité. Ils

sont demeurés sans voix quand les ­visiteurs ont pris les devants et ils retenaient leur souffle avant que Tomas Plekanec n’envoie le match en ­prolongation avec 18 secondes à faire en temps réglementaire.

Le toit s’est soulevé lorsque ­Plekanec a marqué, puis quand Alexander Radulov a signé le but de la victoire en prolongation.

C’était beau à voir.

Victoire méritée

Au fond, le Canadien méritait pleinement la victoire. Mais il lui a fallu diriger 58 tirs au filet, une vingtaine de plus que les Rangers, pour venir à bout d’Henrik Lundqvist.

Une défaite aurait été démoralisante et catastrophique. Mais là, tous les espoirs sont permis. C’est reparti!

Les gens étaient euphoriques dans la rue, dans le métro et les tribunes téléphoniques.

Ron Fournier était en grande forme devant son micro. Son metteur en ondes a fait jouer ses chansons sur Paul Byron et Radulov. C’était le party en ville!

Price devra en voler une

Ça continue ce soir avec la présentation du troisième match de la série au Madison Square Garden, l’amphithéâtre le plus célèbre du monde, comme le proclame l’annonceur ­maison dans son message d’accueil.

Les partisans des Rangers vont ­trépigner et trembler à leur tour.

Carey Price devra en voler une dans ce lieu où il a l’habitude ­d’exceller.

Ça promet!

Matteau fait la belle vie

Randonnée ­agréable avec Stéphane Matteau entre l’aéroport La Guardia et Manhattan, hier après-midi.

Matteau fait des relations ­publiques pour les Rangers. Il ­représente l’équipe dans toutes sortes d’activités.

Il se promène souvent entre Montréal et New York. Il a assisté cette semaine à un spectacle de Bon Jovi au Madison Square ­Garden avant de revenir en ville pour le match de vendredi.

Un chauffeur fourni par les ­Rangers l’attendait à sa descente d’avion, hier. Son fils Stefan, qui disputait un match important en soirée avec les IceCaps de Saint John’s, l’a appelé pour lui ­demander quelques conseils.

L’équipe-école du Canadien tentait de se qualifier pour les séries.

Keenan sans scrupules

Durant le trajet, on a effectué un voyage dans le temps, la conversation portant tout particulièrement sur Mike Keenan, sous les ordres de qui Matteau a évolué avec les Blackhawks de Chicago, les Rangers de New York et les Blues de St. Louis.

J’en connaissais déjà beaucoup au sujet de Keenan et j’en ai appris d’autres, des vertes et des pas mûres.

Keenan n’avait rien à son épreuve ni aucun égard pour ­personne, incluant Wayne Gretzky, qu’il a dirigé brièvement à St. Louis. Tous les moyens étaient bons à ses yeux pour stimuler les joueurs, alors qu’en fait il ne faisait que se les mettre à dos.

Même chose pour Darryl Sutter, qui vient de perdre son poste avec les Kings de Los Angeles.

La façon dont ces deux entraîneurs traitaient leurs joueurs n’avait aucune commune mesure.

Comment ont-ils pu durer ?

Encore plus invraisemblable, ils ont connu de longues carrières.

Keenan a dirigé pas moins de huit équipes dans la Ligue ­nationale, remportant la coupe Stanley avec les Rangers en 1994.

Matteau faisait partie de cette équipe. Il avait procuré la victoire aux siens dans le septième match de la finale de l’Est contre Martin Brodeur et les Devils du New ­Jersey avec un but en prolongation.

Un moment magique qui en fait encore aujourd’hui une figure ­populaire auprès des partisans des Rangers.