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Un analphabète devenu libraire a 100 000 bouquins à donner

Frédéric Fortin
Photo collaboration spéciale, magalie lapointe Frédéric Fortin, qui a décroché de l’école à l’âge de 15 ans, avec seulement une partie de son imposante collection de livres.

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SAINT-HYACINTHE | Un libraire qui a appris à lire à l’âge de 21 ans possède maintenant 100 000 livres qu’il veut donner dans les écoles, les organis­mes communautaires et les prisons.

Frédéric Fortin exploite des librairies de livres usagés à Belœil et à Saint-Hyacinthe, en Montérégie. Il s’est rapidement retrouvé encombré par des milliers de boîtes de livres. «Il y en avait partout, dans ma cuisine, mon sous-sol, mon cabanon. Ma blonde capotait», a expliqué l’homme de 37 ans.

Il ne voulait pas jeter de livres, car il s’agit d’un objet précieux pour lui. Il a donc dû louer un conteneur et un local pour les entreposer.

«Il faut que ça bouge, des milliers de trésors dorment dans des boîtes et sur les tablettes», a dit l’homme qui paie plus de 1000 $ par mois de location et entretien pour entreposer tous ses livres.

Ses 100 000 livres représentent environ la moitié de tous les livres disponibles dans les deux bibliothèques publiques de Saint-Hyacinthe.

Plus de 100 000 livres de Frédéric Fortin sont entreposés en attente d’être donnés.
Photo Magalie Lapointe
Plus de 100 000 livres de Frédéric Fortin sont entreposés en attente d’être donnés.

Écoles

M. Fortin ne voit toujours pas comment il sera capable de vider son entrepôt et son conteneur. «J’appelle dans des écoles et des commissions scolaires, puis on me dit que la loi oblige l’achat de livres neufs. Je le sais bien. Mais moi, je veux les leur donner, pas les leur vendre», s’est exclamé le libraire qui demande seulement que les écoles viennent chercher les livres, qui sont déjà bien classés.

Celui qui possède une bibliothèque personnelle de plus de 2000 livres croit que chaque bouquin renferme un trésor. Il rêve que des organismes arrivent avec des autobus vides et repartent remplis de boîtes de livres choisis par les organisateurs de projet. «Je ne leur dis pas “c’est moi qui choisis ce que je vous donne”, je leur dis “venez choisir les livres qui vous enchantent, qui vous parlent”», a ajouté le libraire, les yeux pétillants.

Encouragement

Après avoir lu plusieurs livres de psychologie et de croissance personnelle, M. Fortin accepte maintenant mieux son passé d’analphabète. «J’ai détesté l’école, et ce, dès la première année du primaire. Adolescent, j’ai pleuré, j’ai eu des idées noires, je me disais que les enseignants ne m’avaient pas fait échouer afin de mieux se débarrasser de moi l’année suivante», a-t-il dit.

Celui qui a redoublé sa première année et a lâché l’école en 2e secondaire a été déclaré analphabète à l’âge de 21 ans. Il n’est pas devenu libraire du jour au lendemain. À 25 ans, il a terminé son alphabétisation étapes 3 et 4 présecondaire, son secondaire, puis son attestation d’études collégiales en gestion de commerces.

«Ma paye ce sont les encouragements reçus par les gens qui me remercient d’exister», a conclu l’homme qui rêve de voir des milliers de personnes profiter de ses livres.