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Un passionné d’informatique en poste depuis 20 ans

L’homme de 57 ans estime que ses collègues se sont adaptés à ses « airs bizarres »

Autiste Asperger, Georges Huard a connu plusieurs échecs professionnels en sortant de l’université, avant de finalement trouver un emploi tout désigné pour lui comme technicien en informatique au département des Sciences de la Terre et de l’atmosphère à l’UQAM.
Photo Benoît Philie Autiste Asperger, Georges Huard a connu plusieurs échecs professionnels en sortant de l’université, avant de finalement trouver un emploi tout désigné pour lui comme technicien en informatique au département des Sciences de la Terre et de l’atmosphère à l’UQAM.

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Technicien en informatique à l’UQAM depuis 20 ans, Georges Huard est l’un des rares exemples d’intégration réussie dans le monde du travail pour un autiste Asperger.

«J’ai toujours voulu travailler en informatique, mais j’ai eu de la difficulté à m’insérer à cause de mes difficultés sociales. J’ai l’air d’être dans la lune, certains me prennent pour un fumeur de pot. Il y a beaucoup de préjugés», admet d’emblée l’homme de 57 ans, en rangeant distraitement les nombreux objets qui fourmillent sur son bureau.

Succession d’échecs

Programmateur en informatique de formation, M. Huard n’a travaillé que quelques années dans son domaine en sortant de l’université, se butant à une succession d’échecs professionnels.

«J’ai perdu un de mes premiers boulots, car je prenais les choses au pied de la lettre. On m’avait dit que les horaires de travail étaient de 9 h à 17 h. Alors je partais systématiquement à 17 h, raconte-t-il. Mais j’aurais dû être capable de comprendre le contexte, qu’on s’attendait à ce que je fasse du surtemps parfois.»

Diagnostic

Après des débuts difficiles dans le monde du travail, M. Huard a abandonné son domaine dans les années 1990 pour devenir coursier à vélo pendant neuf ans.

Puis un jour, à 36 ans, il a appris qu’il avait le syndrome d’Asperger.

Comme un flashback, il s’est rappelé les nombreux passages plus difficiles de sa vie. Tous ces moments où il avait l’impression de ne pas être comme les autres avaient enfin une explication.

«J’ai compris d’où venaient mes problèmes d’habiletés sociales. Ça m’a aidé à mieux comprendre qui j’étais», raconte-t-il.

Une rencontre fortuite avec un ancien professeur de l’UQAM, père d’un enfant autiste, aura redonné confiance en M. Huard, qui a ainsi renoué avec sa passion première.

Plus ouvert sur la différence, le monde universitaire est un endroit protégé pour les personnes Asperger, estime M. Huard. Ses 20 ans de carrière comme technicien en informatique au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère en sont une preuve, croit-il.

Visiblement amoureux de son travail, M. Huard s’assure du bon fonctionnement du parc informatique du département.

«Ici, l’intégration, ça s’est fait avec le gros bon sens. Mes collègues se sont adaptés à moi, à mes manies, à mes airs bizarres. Et en allant au-delà de ça, les gens m’ont accepté. Ça change tout pour un autiste», assure-t-il.

Il n’aime pas le changement

Georges Huard porte les cheveux longs «depuis 1979». Les personnes Asperger n’aiment pas le changement. En fait, ils n’en comprennent pas le sens. «Les modes sont vraiment quelque chose d’étrange. Pourquoi une chose qui était correcte il y a cinq ans ne l’est plus maintenant ? C’est compliqué», dit-il, résumant ainsi une différence simple, mais évocatrice entre l’univers des autistes... et des autres.

S’impliquer auprès des siens

Après avoir vu son plus jeune frère autis­te enfermé en psychiatrie pendant 15 ans avec des soins inappropriés, Georges Huard s’est donné pour mission de mieux faire con­naître l’autisme au commun des mortels.

«Mon frère a fait une crise chez ma mère en 1982. Ils l’ont enfermé et médicamenté et ce n’était pas ce dont il avait besoin, raconte M. Huard, qui est Asper­ger. Les choses ont changé depuis, mais l’autisme est encore très mal connu dans la société.»

Depuis son propre diagnostic, en 1995, M. Huard a donné de nombreuses conférences dans les universités, les cégeps et les écoles secondaires, en plus de prendre la parole dans des conventions internationales sur l’autisme dans les années 2000, notamment en France et à Toronto.

«J’ai travaillé activement pour que les autistes en centres psychiatriques soient réacheminés vers des ressources plus convenables, plus proches de la communauté», dit-il.

Distinctions

En 2013, M. Huard a reçu la Médaille du jubilé de diamant de la reine Elizabeth II pour son engagement dans la lutte contre les préjugés à l’égard de l’autisme.

Il a aussi été le premier lauréat du prix Peter-Zwack en 2006, qui récompense les organisations qui intè­grent des personnes autistes au travail.