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Espoir dans le couloir de la mort de l’Arkansas

La condamnation à l’injection létale de huit hommes a été suspendue lundi par la Cour suprême des États-Unis

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Photo Archives / AFP

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L’Arkansas s’est engagé dans une course contre la montre pour exécuter huit condamnés à mort en 11 jours avant que ses réserves d’injections létales ne soient périmées. Le plan de l’État américain, qui accumule les embûches, a été en partie suspendu par la Cour suprême lundi.

Hautement critiquée, cette «chaîne de montage mortelle» atti­re l’attention des médias internationaux sur cet État du Sud de trois millions d’habitants.

Les autorités doivent toutefois composer avec du sable dans l’engrenage, car les prisonniers multiplient les recours judiciaires pour se soustraire à la peine capitale. Trois d’entre eux ont jusqu’ici réussi à obtenir un sursis de sentence.

Une juge avait déjà suspendu l’exécution des autres condamnés à mort ce week-end puisque l’injection létale comporterait un risque de «douleurs sévères» pour les prisonniers. Le huitième amendement de la Constitution américaine interdit la torture et les «châtiments cruels et inhabituels».

Manifestations

La procureure générale de l’État, Leslie Ruthledge, s’est empressée de porter la décision de la magistrate en appel pour tenter de procéder quand même aux exécu­tions.

Des manifestations pour dénoncer cette ultime sentence ont eu lieu devant le Capitole de l’Arkansas, vendredi.

L’acteur Johnny Depp et le survivant du couloir de la mort Damien Echols ont pris la parole pour s’opposer aux exécutions.

Accusé des meurtres de trois garçons en 1993, ce dernier a été relâché en 2011 après la découverte d’une nouvelle preuve d’ADN. Echols a tenu à remettre les pieds dans l’État où il a passé 18 ans en prison pour montrer aux autorités que des innocents se retrouvent parfois dans le couloir de la mort, comme ce fut son cas.

Au moment de mettre sous presse, lundi, le sort des condamnés était toujours incertain.

— Avec The Guardian, KaTV, Le Monde, Washington Times, The New York Post et NBC news

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Photo courtoisie

Don W. Davis
54 ans

  • Surnommé «Don the Juan»
  • A tué Jane Daniels le 12 octobre 1990 lors d’une violation de domicile.
  • Condamné à la peine de mort le 6 mars 1992.
  • La cour a suspendu son exécution hier, en raison de sa santé mentale.

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Stacey Eugene Johnson
47 ans

  • A tué Carol Heath le 2 avril 1993, lors d’une violation de domicile.
  • Meurtre commis devant les enfants de deux et six ans de la victime.
  • Clame son innocence.
  • Condamné à la peine de mort le 21 novembre 1997, après deux procès.
  • Accumule des dizaines d’avis disciplinaires en prison, dont certains pour trafic et menaces de blessures

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Jack Harold Jones Jr.
52 ans

  • A violé et tué Mary Phillips le 6 juin 1995 lors d’un vol.
  • A aussi battu presque à mort la fille de 11 ans de la victime.
  • Diagnostiqué avec un trouble de la personnalité antisociale et de bipolarité.
  • Condamné à la peine de mort le 17 avril 1996.
  • A demandé la clémence pour son exécution par solidarité avec ses codétenus

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Ledell Lee
51 ans

  • Surnommé «Skip Skip»
  • A brutalement tué Debra Reese le 9 février 1993.
  • Aussi condamné pour deux viols.
  • Condamné à la peine de mort le 16 octobre 1995.
  • Clame son innocence.

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Bruce Earl Ward
60 ans

  • A tué Rebecca Doss, une adolescente de 18 ans, le 11 août 1989.
  • Meurtre survenu la nuit dans une station-service.
  • Diagnostiqué avec une schizophrénie paranoïde.
  • Condamné à la peine de mort le 31 octobre 1997.
  • La cour a suspendu son exécution la semaine dernière pour cause de troubles mentaux.

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Kenneth D. Williams
38 ans

  • Surnommé «Keylow»
  • A tué un ancien directeur de prison le 3 octobre 1999.
  • Meurtre commis alors qu’il tentait de s’évader d’une prison où il était incar­céré pour homicide.
  • Est devenu très religieux en prison.
  • Lourd casier judiciaire contenant incendie criminel, enlèvement et vol.
  • Condamné à la peine de mort le 30 août 2000.

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Marcel Williams
46 ans

  • A enlevé, violé et tué Stacy Errickson le 20 novembre 1994 dans une station-service.
  • Lourd casier judiciaire (cambriolage, enlèvement et viol).
  • Condamné à la peine de mort le 14 janvier 1997.

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Jason F. McGehee
40 ans

  • A tué John Melbourne, un adolescent de 15 ans, le 19 août 1996.
  • La victime faisait partie du même groupe de crimi­nels que l’accusé.
  • Condamné à la peine de mort le 8 janvier 1998.
  • Un juge lui a accordé la clémence il y a deux semaines, notamment en raison de son dossier discipli­naire sans tache.
  • Échappera vraisemblablement à son exécution.
 

La peine de mort aux États-Unis 

La peine de mort est en vigueur dans les 31 États en rouge.

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Exécutions historiques

Si elles avaient été menées à leur terme selon l’échéancier de 11 jours prévu par le gouverneur répu­blicain de l’Arkansas, Asa Hutchinson, les huit exécutions auraient créé un précédent historique, selon le Centre d’information sur la peine de mort.

Seul le Texas a exécuté huit personnes en un mois au cours de ce qu’on pourrait appeler «l’ère moderne américaine». L’État l’a fait à deux reprises en mai et juin 1977.

À titre comparatif, 20 prisonniers ont été tués en 2016 dans tout le pays.

Opposition internationale

Des organisations de partout dans le monde ont dénoncé ces exécutions.

L’Union européenne a exhorté le gouverneur Hutchinson a substituer les peines de mort par une autre sentence.

Amnistie internationale a quant à elle requis une «mise à l’arrêt urgente du tapis roulant d’exécutions».

Human Rights Watch a aussi dénoncé ce «déluge de mises à mort inédit dans l’histoire américaine moderne».

Des personnalités connues, comme l’acteur Johnny Depp et l’écrivain John Grisham, ont aussi pris position contre ces exécutions accélérées.

Enfin, le groupe Arkansas Abolish a tenu une vigile devant le manoir du gouverneur lundi soir, en guise de protestation.

Médias témoins des exécutions

En prévision des exécutions, les représentants des services correctionnels de l’Arkansas ont reçu des centaines de demandes d’information de la part de médias américains et de l’étranger. Il en va de même pour le bureau du gouverneur Asa Hutchinson.

C’est ce que leurs représentants ont indiqué au Journal la semaine dernière.

Un protocole spécial contenant de nombreuses conditions a été mis en place pour les médias qui souhaitaient assister aux exécutions.

Trois représentants (un de la presse écrite, un de la presse numérique et un de l’Association de presse de l’Arkansas) devaient être sélectionnés pour assister aux injections létales. Les autres journalistes devaient demeurer dans une salle distincte.

Exécutions ratées

Les exécutions létales prévues en Arkansas sont controversées notamment en raison de l’utilisation du midazolam.

Cette substance a mené à plusieurs mises à mort ratées depuis qu’elle est utilisée par les Américains.

Ce produit chimique doit normalement rendre le détenu incon­scient. Une seconde substance paralyse ses muscles et une troisième provoque l’arrêt cardiaque. Le processus dure normalement une quinzaine de minutes.

En 2014, en Oklahoma, Clayton Lockett a souffert pendant 43 minutes après ces injections.

La même année, il a fallu près de deux heures pour tuer Joseph R. Wood en Arizona.

En décembre dernier, en Alabama, Ronald Bert Smith Jr a toussé pendant un quart d’heure avant de rendre l’âme.

Nombreuses embûches

Les autorités de l’Arkansas ont dû composer avec des embûches depuis le début du processus de mises à mort.

Tout d’abord, les services correctionnels avaient de la difficulté à trouver le nombre mini­mal de témoins requis par la loi pour assister aux exécutions. Le processus nécessite six personnes.

Des représentants ont demandé aux membres du Club Rotary de Little Rock s’ils voulaient se porter volontaires.

La difficulté de s’approvisionner en midazolam (une des trois substances de l’injection léta­le) a aussi mis de la pression sur les autorités. Leurs doses ne pourront plus être utilisées après la date de péremption du 30 avril 2017. La compagnie pharmaceutique McKesson refu­se que ses produits soient utilisés pour tuer des prisonniers, tout comme plusieurs compagnies européennes.

Quelques statistiques

Selon le plan du gouverneur Asa Hutchinson, deux meurtriers devaient être exécutés les lundi et jeudi de cette semaine et de la suivante. Si les huit exécutions prévues ont lieu, cela représenterait 23,5 % des condamnés à mort de l’État.

196 | Nombre de détenus tués en Arkansas depuis 1913

34 | Hommes présentement dans le couloir de la mort de l’Arkansas, soit 16 Blancs, 17 Noirs et 1 Latino-Américain.

0 | L’Arkansas n’a tué aucun prisonnier depuis 2005. Les autorités n’ont pas fait de doubles exécutions (deux détenus tués en une soirée) depuis 1999.