/sports/others
Navigation

L’héritage d’une maman

Chef de mission, un rôle qui arrive à point nommé pour Isabelle Charest

Isabelle Charest se réjouit d’être la plus récente ex-athlète nommée comme chef de mission aux Jeux olympiques. «Le rôle est de plus en plus défini. Il fut un temps où le Comité olympique canadien était seulement une agence de voyages», souligne l’ex-patineuse de vitesse.
photo d’archives, le journal de montréal Isabelle Charest se réjouit d’être la plus récente ex-athlète nommée comme chef de mission aux Jeux olympiques. «Le rôle est de plus en plus défini. Il fut un temps où le Comité olympique canadien était seulement une agence de voyages», souligne l’ex-patineuse de vitesse.

Coup d'oeil sur cet article

À la croisée de trois parcours, Isabelle Charest sait nous convaincre que son rôle de chef de mission du Canada aux prochains Jeux olympiques arrive à un bon moment de sa vie.

Elle a d’abord marqué son époque en patinage de vitesse courte piste avec plusieurs podiums internationaux. Elle a ensuite servi l’exemple en décrochant un diplôme universitaire en nutrition avant d’entreprendre une carrière professionnelle. Aujourd’hui, elle complète la trilogie en se révélant comme maman.

Certes, les athlètes canadiens verront une femme accomplie mener leur délégation en Corée du Sud en février 2018.

«Tu as besoin d’un certain recul pour avoir la confiance, les compétences et les acquis qui vont te servir. Plus jeune, je n’aurais pas été prête. J’ai eu besoin du temps pour me redéfinir. Il faut être capable d’avoir une vue d’ensemble parce que lorsqu’on est athlète, on est très centré sur soi-même. Mon expérience à la commission scolaire m’a beaucoup aidée. Oui, je pense que tout ça arrive à un bon moment», nous confie la coordonnatrice aux communications à la commission scolaire du Val-des-Cerfs, attablée dans un café du centre-ville de Granby.

«Quand on travaille...»

Sa nomination par le Comité olympique canadien (COC), le 6 février dernier, a déclenché une année qui s’annonce chargée pour la dame de 46 ans. On la verra animer le 44e Gala de Sports Québec avec son conjoint et ex-footballeur Steve Charbonneau, ce soir à Laval.

Toutes les tribunes que lui offrira ce poste ne la changeront pas, promet toutefois Isabelle Charest. S’il y avait un capital à retirer de cette expérience, par contre, serait celui de bonifier l’héritage que le couple souhaite laisser à ses deux enfants de 11 et 7 ans.

«Ce qui est important pour moi, c’est de leur faire comprendre qu’il faut travailler pour en arriver là. Quand on travaille, des choses intéressantes arrivent», soutient-elle.

«J’ai toujours eu peur que mes enfants croient normal d’avoir les parcours que Steve et moi avons eus. Ils ont maintenant la maturité pour mieux comprendre, mais pour mon fils, plus jeune, ça allait de soi que d’avoir des bagues de la coupe Grey et des médailles olympiques dans la maison. Il faut qu’ils comprennent qu’il y a des efforts à investir. C’est davantage ça que je veux qu’ils retiennent que de savoir que j’ai été chef de mission.»

Des appuis solides

Tout vient à point pour occuper un tel poste, mais des circonstances peuvent aussi en accélérer l’accession. La démission de Jean-Luc Brassard et la relève de Curt Harnett comme chef aux Jeux de Rio lui ont ouvert la porte comme adjointe. Les appuis de chefs précédents, Sylvie Bernier (Pékin en 2008) et Mark Tewkesbury (Londres en 2014), et surtout de sa grande amie Nathalie Lambert (Vancouver en 2010), ont validé son assurance qu’elle était maintenant prête pour le boulot.

«Avoir leur endossement a été super pour moi. Je n’ai pas le pedigree d’une Sylvie Bernier et d’un Mark Tewkesbury, mais avoir leur appui en dit beaucoup», dit-elle humblement.

Bien gérer l’après-Aubut

«L’affaire Marcel Aubut» a cassé des pots au Comité olympique canadien (COC), et Isabelle Charest s’appliquera à épousseter les dernières miettes au sol d’ici aux Jeux olympiques de 2018.

L’exercice de ramener le sentiment d’appartenance et la confiance au COC a débuté avec les Jeux de Rio, l’an dernier. Précipité comme chef de mission à la suite de la démission de Jean-Luc Brassard, Curt Harnett a notamment vu Isabelle Charest débarquer comme adjointe. Pour eux, il y avait là une mission, justement.

«L’équipe, ce ne sont pas juste les athlètes. C’est d’abord le personnel autour. Et tu n’es pas chef de mission seulement pour les athlètes. Si on veut réunir les conditions optimales pour que les athlètes performent, il faut que tout le monde soit aussi dans les conditions optimales. Il fallait revaloriser l’équipe», explique l’ex-patineuse de vitesse courte piste.

Consultation nécessaire

Se décrivant comme une rassembleuse, la nouvelle meneuse de l’équipe canadienne dit avoir beaucoup appris aux côtés de Harnett, qu’elle qualifie de généreux. Observer pour mieux comprendre s’inscrivait dans sa logique pour se familiariser avec la cuisine olympique canadienne.

Elle tenait toutefois à consulter le chef démissionnaire avant d’accepter cette invitation d’agir comme adjointe à Rio. En avril 2016, Brassard était parti en affirmant qu’il n’avait plus la légitimité d’assumer ce poste après avoir critiqué le COC sur sa gestion des allégations de harcèlement de l’ex-président Marcel Aubut.

«Jean-Luc et moi, on est des amis et c’est quelqu’un que j’aime beaucoup. Quand on m’a offert d’être chef adjointe, je voulais lui en parler. Je voulais que ce soit clair que ça n’avait rien à voir avec lui et que je n’allais pas prendre sa place. L’histoire était la sienne, c’était ses choix et ses valeurs. Moi, je continuais et j’arrivais dans un autre contexte, raconte-t-elle.

«Il a été à la mauvaise place et au mauvais moment. Le COC, il y a l’administration et il y a l’équipe. Peut-être que la gestion de la crise n’a pas été optimale au Québec et peut-être que Jean-Luc a pris ça sur son dos, mais il reste qu’il a apporté beaucoup pour le sport.»