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La patate chaude du financement des écoles privées

GEN-GABRIEL-NADEAU-DUBOIS
Photo d'archives

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La nouvelle à l’effet que QS veut abolir le financement de l’école privée a fait couler beaucoup d'encre la semaine dernière. Cette proposition a également provoqué une avalanche d'avis insignifiants.

C’est le jour de la marmotte à chaque fois que quelqu’un ose remettre en question la structure de notre système : des histoires de peur et des certitudes fondées sur des références fantômes.

Comme le disait Poincaré : douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes qui, l’une comme l’autre, nous dispensent de réfléchir.

Quel est le portrait de la situation ?

D’abord, «... parmi toutes les provinces canadiennes, c’est au Québec que l’école privée est la plus fortement subventionnée — à hauteur de 75 %, selon le rapport Champoux-Lesage (2014) — et la plus fréquentée (12,6 % des élèves du primaire et du secondaire en 2012-2013). Elle n’est financée par l’État que dans quatre autres provinces canadiennes. En Ontario et au Nouveau-Brunswick, où elle ne bénéficie d’aucune subvention, le taux de fréquentation était de 5,2 % et 0,7 % respectivement. » (Le Devoir, 2017)

Ensuite, si 12,6 % des élèves du Québec fréquentent l’école privée, il faut savoir que la distribution de cette clientèle est très inégale. En effet, le préscolaire regroupe environ 5 % de ces élèves, le primaire 25 % et le secondaire 70 %.

De plus, l'inscription au privé est typiquement concentrée dans les zones urbaines : « 80 % des enfants francophones vivent sur le territoire de seulement 30 commissions scolaires. Or, en moyenne, 26 % d’entre eux fréquentent désormais le secondaire privé. Cette proportion atteint 35 % en Estrie, 39 % à Montréal et 42 % à Québec. Comme elles reçoivent un financement de l’État, les écoles privées seraient davantage accessibles à la classe moyenne au Québec qu’elles ne le sont dans les autres provinces. » (CSE, 2016)

Ah ! Cette fameuse opportunité d’envoyer ses enfants au privé pour notre classe moyenne. Au fait, j’en ai une bonne pour vous : c’est quoi la classe moyenne ?

Sachant que 75 % des contribuables québécois gagnent moins de 50 000 $ par année, j’ai l’impression que plusieurs parents dont les enfants vont à l’école privée sous-estiment leur classe...

Qui donc fréquente l’école privée ?

« Une enquête portant entre autres sur le portrait socioéconomique de la clientèle qui fréquente les établissements privés indique d’ailleurs que seulement 7 % de l’effectif provient des milieux à faibles revenus (c’est-à-dire un revenu familial annuel de moins de 50 000 $), et que 21 % de l’effectif provient de la classe moyenne (familles dont les revenus se situent entre 50 000 $ et 99 999 $). C’est dire que 72 % de l’effectif des écoles privées vient de milieux favorisés (dont les revenus sont de 100 000 $ et plus). » (CSE, 2016)

La patate chaude

Ainsi, QS se retrouve bien seul dans son coin lors de ce débat en lien avec la pertinence du financement des écoles privées. Pourquoi ?

Du côté du PQ, le porte-parole en éducation, Alexandre Cloutier, a plutôt suggéré de revoir le financement des écoles privées. Le député de Lac-Saint-Jean a reconnu que «personne ne veut toucher à cette question qui est une méchante patate chaude...»

Du côté de la CAQ,  il était surréaliste d’entendre  le porte-parole, Jean-François Roberge (un ex-enseignant de l’école publique), s’attaquer à ce qu’il estime être des préjugés. Selon lui, l'école privée n'est ni l'école de l'élite ni l'école de douance et QS vient tout simplement la diaboliser avec sa motion.

L’auteur du livre Et si on réinventait l’école? ne réinvente certainement pas la politique avec des déclarations de la sorte. En effet, sachant que 42 % des élèves de Québec fréquentent une école secondaire privée et que la CAQ veut conserver son avance dans cette région, monsieur Roberge semble prêt à vendre son âme au diable.

Du côté libéral, aucune surprise. Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, a pris la défense de l'école privée, une école « enracinée dans les régions » (vraiment ?) qu'il faut préserver au nom de la « liberté de choix... » (un choix pour qui ?)

Bref, en recoupant les chiffres de la distribution des élèves fréquentant l’école privée et ceux du portrait socioéconomique de ces mêmes élèves, il devient fort intéressant de consulter ce tableau du rapport Ménard :

 Pourcentage du segment de la population qui vote

Décrocheurs

Diplôme secondaire

Diplôme collégial

Diplôme universitaire

52 %

67 %

74 %

84 %

Il est alors facile de comprendre pourquoi ce dossier est une patate chaude. Est-ce que nos élus sont sur le terrain pour représenter l'ensemble du peuple ou encore au boulot afin de remporter les prochaines élections ?

Poser la question, c’est malheureusement y répondre.