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France 2017 : une élection imprévisible

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AFP

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L’élection présidentielle qui se déroule actuellement en France ne ressemble à absolument rien. À quelques jours du premier tour, on se retrouve avec quatre candidats majeurs et on ne sait toujours pas lesquels concourront au deuxième. À peu près tous les duos sont imaginés: assisterons-nous à un affrontement Emmanuel Macron-Marine Le Pen, comme cela semblait se dessiner depuis quelques semaines? À moins que Marine Le Pen n’affronte François Fillon, qui apparemment, se redresserait dans les sondages? Autre scénario, que plusieurs évoquent de manière catastrophée : un deuxième tour qui mettrait en scène Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la gauche radicale qui a fait une incroyable percée ces dernières semaines. D’autres scénarios sont possibles. Et il ne faut pas exclure la possibilité que Marine Le Pen ne soit pas au second tour contrairement à ce qu’on a tenu pour acquis depuis quelques années. Autrement dit, si toutes les combinaisons sont possibles, aucune n’est certaine.

Une chose frappe dans cette élection: son manque terrifiant de substance politique. Depuis cinq ans, la France était traversée par des convulsions historiques profondes. Qu’il s’agisse du terrorisme islamiste, de la crise des migrants, de la question identitaire ou des question sociétales, la vie politique semblait remuée par des thèmes poussant à un réinvestissement existentiel de la démocratie. Cette élection pouvait et devait représenter un choix de société, un choix de civilisation. C’est plutôt le contraire qui s’est passé : la substance politique était absente de la campagne. Emmanuel Macron s’est imposé sur le créneau jet-set et de la mondialisation heureuse, sa candidature se transformant aussi en radeau rescapant bien des has-been de la politique française. François Fillon a vu sa campagne exploser en vol autour des questions liées à son intégrité: il semblait pourtant d'abord porté par un mouvement de fond significatif. Marine Le Pen n’est pas parvenue à imposer ses thèmes dans la campagne d'autant qu'elle semble hésiter entre deux stratégies bien différentes. Quant à Jean-Luc Mélenchon, son élan a quelque chose de fantasmatique : il correspond davantage à une poussée d’exaspération de l’électorat qui aime en général faire surgir un outsider qu’à une renaissance vigoureuse de la gauche radicale, comme si la lutte des classes était réactivée de manière inattendue par cette élection présidentielle. Notons au passage l’effondrement complet du candidat officiel du Parti socialiste, Benoit Hamon.

Étrange situation: c’est un peu comme si le système politique français échouait, au moment le plus important, à traduire les aspirations profondes du pays, ainsi que les grandes contradictions qui le traversent. On peut croire que la logique médiatique a écrasé la logique politique, ou du moins, qu’elle est parvenue à la dissoudre. Spéculons un peu. Imaginons un deuxième tour Macron-Le Pen : cela consacrerait en fait, du moins le temps de cette présidentielle, une redéfinition de la vie politique autour d’une exacerbation du conflit système-antisystème. La droite de gouvernement et tout ce qu’elle représente en serait exclue. Imaginons plutôt un affrontement Fillon-Le Pen : c’est la gauche qui serait exclue d’un choix politique central alors qu'elle représente quand même un pôle majeur de la vie politique (même si plusieurs accusent Marine Le Pen d'avoir un programme économique très marqué à gauche ou du moins, clairement antilibéral). Imaginons enfin un affrontement des populistes au deuxième tour entre Le Pen et Mélenchon : il s’agirait d’une élection insurrectionnelle délirante où la classe dirigeante serait tout simplement congédiée dans son ensemble, le pays réduisant la vie politique à un exercice protestataire. C’est ubuesque.

Chose certaine, cette élection, qui aurait pu jouer un grand rôle dans la vie politique occidentale (la vie politique française est un laboratoire passionnant), semble se décomposer sous nos yeux. Il n’est pas interdit de croire, ou du moins, d’espérer, que le deuxième tour sera plus substantiel, puisque l’alternative sera clarifiée. Peut-être que le débat proprement politique aura enfin lieu. Ou peut-être pas. Car il se pourrait aussi, on l’a dit, que cette alternative soit caricaturale. Mais lorsque la démocratie peine à formuler un débat politique connecté aux enjeux profonds d’un pays et d’une époque, elle favorise le développement d’un sentiment d’aliénation qui risque de se radicaliser avec le passage du temps, à moins qu’il ne se transforme en apathie civique. Ou alors, en pure frivolité politique, l’électeur ayant intériorisé l’idée que la politique relève du spectacle et décidant de voter sur le mode de l’amusement plutôt que celui de la responsabilité civique. Il serait néanmoins malheureux que 2017, dans l’histoire de la démocratie française, soit non pas un rendez-vous avec l’histoire mais un rendez-vous manqué avec l’histoire.