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Les femmes ont du chemin à faire

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Il y a des domaines jadis dominés par les hommes où les femmes sont maintenant majoritaires. En médecine, par exemple. Dans presque toutes les facultés universitaires, les filles sont plus nombreuses que les gars, ce qui augure bien pour elles dans nombre de métiers et de professions. Dans l’audiovisuel, par contre, les femmes sont encore laissées pour compte.

Les statistiques parlent d’elles-mêmes. Seulement 17 % de nos films et séries sont réalisés par des femmes. Elles ne scénarisent que 22 % des films et 38 % des séries. Au Québec, c’est pire: elles signent à peine 16 % des scénarios de films. Des 84 réalisateurs ayant dirigé 29 séries canadiennes récentes, il n’y avait que 14 femmes. À la caméra, il n’y en avait aucune.

Aux États-Unis et au Royaume-Uni, les femmes sont encore moins bien représentées. Mais partout ailleurs, c’est mieux que chez nous. En Suède, la moitié des longs métrages sont réalisés par des femmes.

L’Office national du Film, qui a peu de comptes à rendre puisqu’il vit de fonds publics, a décidé de prendre le taureau par les cornes. La parité entre hommes et femmes y existe déjà presque partout, et là où elle n’existe pas encore, le problème doit être résolu pour 2020. Le Fonds des médias du Canada, le plus important financier de notre télévision, a annoncé des mesures similaires qui atteindront leur plein effet d’ici 2020.

QUE LE MEILLEUR GAGNE ?

Il y a quelque temps, mon collègue Richard Martineau s’est élevé dans sa chronique contre la «discrimination positive». Il n’est pas le seul à faire valoir le principe que «le meilleur gagne» et que la compétence soit toujours la règle et non le sexe d’une personne. Fort de ce principe, il faut attendre des décennies et parfois beaucoup plus longtemps pour qu’une situation s’inverse et se corrige.

Dans toutes nos institutions où on enseigne l’un des métiers de l’audiovisuel, les filles sont aussi nombreuses que les garçons. Plus nombreuses même. Si elles sont très minoritaires dans l’industrie, c’est qu’il y a une nette disproportion à l’embauche. C’est la tradition, par exemple, de faire d’abord confiance à un homme pour réaliser un film ou pour manier la caméra. Comme c’est la tradition de favoriser une femme pour le métier de script girl, même si rien ne répugne à ce qu’un homme serve d’auxiliaire à la réalisation et veille à la continuité d’un scénario.

Ayant travaillé dans l’audiovisuel plus d’un demi-siècle, je suis bien placé pour savoir qu’il y a des mentalités si bien ancrées qu’elles ne sauraient changer dans un délai raisonnable sans l’application de quotas discriminatoires.

LES OLD BOYS’ CLUBS

Il faut être naïf pour croire que l’égalité des droits entre les hommes et les femmes suffit à garantir l égalité des chances. La mentalité old boys’ club n’est pas l’unique apanage des conseils d’administration des grandes entreprises. Cette mentalité existe aussi dans l’audiovisuel, en particulier parmi ceux qui occupent les fonctions les plus importantes de la production.

Notre cinéma et notre télé sont hautement subventionnés. La situation peut donc changer rapidement pour peu que les gouvernements et les organismes subventionnaires tapent du poing sur la table, ce qu’on semble enfin prêt à faire.

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

Comme les joueurs ne comptent plus que des «gros buts», pour améliorer le pointage, il faudrait agrandir les buts ou rapetisser les gardiens.