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Jean Charest et Marc Bibeau visés par l'UPAC: l'enquête devait être terminée avant Noël

Pourquoi les vérifications ne se sont-elles pas déroulées comme prévu?

Jean Charest et Marc Bibeau visés par l'UPAC: l'enquête devait être terminée avant Noël

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La police envisageait d’effectuer des arrestations à l’automne 2016 dans son enquête sur le financement illégal au Parti libéral du Québec, au cours de laquelle elle a notamment surveillé de près l’ex-premier ministre Jean Charest et l’ex-argentier du Parti libéral Marc Bibeau.

Selon nos informations, les enquêteurs de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) ont produit un échéancier du projet d’enquête à la fin 2015. Ils prévoyaient six grandes périodes d’enquête en commençant par la «rencontre de témoins», de septembre 2015 à mars 2016, jusqu’à «l’arrestation et la judiciarisation», de septembre à décembre 2016.

Au moment de mettre ce calendrier au point, ils avaient déjà rencontré des dizaines de témoins et prévoyaient soumettre à l’été 2016 leur dossier pour analyse aux procureurs du Bureau de la lutte à la corruption et à la malversation (BLCM).
Ce Bureau est rattaché au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), l’organisme responsable de déposer des accusations devant les tribunaux.
 
Il est impossible de savoir si, à ce moment, les enquêteurs voulaient demander des accusations contre Jean Charest, Marc Bibeau, ou toute autre personne visée par la question du financement politique. Nos sources indiquent que l’enquête, baptisée Mâchurer, ciblait une trentaine de personnes au total.
 
En cours, dit l’UPAC
 
Que s’est-il passé depuis la confection du calendrier? L’UPAC refuse d’accorder une entrevue à propos du déroulement de l’enquête. L’organisation a plutôt publié un communiqué, mardi, dans lequel le Commissaire à la lutte contre la corruption, Robert Lafrenière, soutient que l’enquête se poursuit toujours.
 
Nous avons appris que les enquêteurs ont amassé une quantité inouïe d’informations depuis 2014, alors qu’ils tentent de mettre au jour ce qu’ils considèrent comme des «infractions au Code criminel en matière de corruption et d’abus de confiance».
 
Surveillance physique, interception de passage aux douanes, perquisitions, multiples interrogatoires; les policiers n’ont pas ménagé leurs efforts, selon nos sources.
 
Ils ont même obtenu des relevés bancaires, des copies d’agendas, et ont épluché des milliers de courriels, a-t-on pu apprendre.
 
Rappelons que notre Bureau d’enquête révélait lundi que les noms de Marc Bibeau, de Jean Charest et de Violette Trépanier, celle qui dirigeait officiellement le financement du PLQ, se retrouvent dans l’organigramme du «financement politique illégal» dessiné par l’UPAC.

Ce qu’ils ont dit

 
«Depuis mon accession à la direction du Parti [2013], depuis que je suis premier ministre du Québec [2014], on n’est pas capable de montrer un seul cas, un seul cas autre qu’une pratique irréprochable de l’administration publique.»  – Philippe Couillard, premier ministre
 
«On a maintenant la preuve que l’UPAC a travaillé, jusqu’en 2016, l’an dernier, à essayer de faire une démonstration qu’en haut de la pyramide, il y avait Jean Charest et Marc Bibeau.»  – Jean-François Lisée, chef du Parti québécois
 
«Ce qui préoccupe aussi la population, c’est que l’opposition peut s’improviser procureur et juge et décider, comme si on était dans le far west, qui est coupable et qui ne l’est pas. Ça, c’est inacceptable. [...].»
- Martin Coiteux, ministre de la Sécurité publique
 
«Le premier ministre sait très bien que, lorsqu’il était ministre [au sein du gouvernement de Jean Charest], le Parti libéral ramassait 10 millions de dollars par année sous la supervision de Marc Bibeau, hein? Est-ce qu’il nie ça? Donc, il ne nie pas.»  – François Legault, chef de la Coalition avenir Québec
 
«Malgré tout ce qui a été fait, [...] Marc Bibeau siège toujours au C.A. de Power Corporation, donc il est protégé par la famille la plus puissante du Canada, par le pouvoir de l’argent. C’est sûr que ça rend la tâche de la police encore plus difficile.»  – Amir Khadir, député de Québec solidaire