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Négociateur du gouvernement payé par Bombardier : grave conflit d'intérêts, dénonce l'opposition

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée
Photo Simon Clark Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée

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L'opposition dénonce le conflit d'intérêts dans lequel s'est retrouvé l'avocat du gouvernement pour négocier l'investissement de 1,3 milliard $ dans Bombardier.

C'est l'avionneur québécois qui a assumé entièrement la facture de Me Daniel Picotte, qui a piloté les pourparlers au nom du gouvernement et des contribuables québécois, a révélé notre Bureau parlementaire.

Selon le Parti québécois, la position délicate dans laquelle se trouvait le négociateur explique l'absence de garanties pour protéger les travailleurs québécois de la part de Bombardier, malgré l'investissement massif d'argent public.

«Si j'avais été premier ministre, j'aurais été complètement catastrophé de l'idée même que notre avocat puisse être payé par la personne avec laquelle on négocie et avec laquelle on essayait d'avoir le meilleur deal possible, a déploré le chef péquiste Jean-François Lisée mardi, à l'Assemblée nationale. Il faut ne pas comprendre l'intérêt du Québec pour avoir comme avocat quelqu'un qui est payé par celui à qui tu essaies d'enlever le plus de gains!»

Hausses de salaire

Le député péquiste Alain Therrien estime que cette situation explique aussi l'absence de plafond pour la rémunération des hauts dirigeants de Bombardier, qui se sont accordé de généreuses hausses de salaire, provoquant l'indignation populaire il y a une dizaine de jours.

«Imaginez! Celui qui a négocié au nom des contribuables québécois 1,3 milliard de deal, c'est quelqu'un qui a été payé par Bombardier. On ne peut pas dire qu'il a mordu la main qui le nourrit. Ça, c'est clair!», a pesté le député de Sanguinet. Selon lui, le gouvernement avait visiblement oublié de préciser à Me Picotte qu'il travaillait pour les contribuables québécois, pas pour la multinationale québécoise.

Pas d'autre exemple

Dominique Anglade a répliqué qu'il est courant que les dépenses liées à la négociation soient assumées par l'entreprise qui demande l'aide de l'État. Talonnée par le député Therrien, la ministre de l'Économie a toutefois été incapable de donner un autre exemple de négociateur représentant le gouvernement du Québec qui a été payé par la partie adverse.

«Surpris et stupéfait» par les révélations de notre Bureau parlementaire, le député caquiste André Lamontagne estime qu'on ne peut traiter le plan de sauvetage du fleuron québécois comme une transaction anodine, comme le fait la ministre. Il exige de voir les clauses du contrat liant Me Daniel Picotte au gouvernement.

«Une forme de corruption»

Pour le député solidaire Amir Khadir, ce conflit d'intérêts s'apparente même «à une forme de corruption». Selon lui, la classe politique et «l'élite d'affaires» du Québec ne comprennent visiblement pas le problème causé par ce type de conflit d'intérêts.