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Des baux dans la mire de l’UPAC

Les ententes locatives conclues entre le gouvernement et une firme de Marc Bibeau intéressent la police

Marc Bibeau
Photo d'archives Marc Bibeau, ex-argentier libéral

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La police enquête entre autres sur les contrats de location conclus entre une entreprise de Marc Bibeau et des organismes publics sous le gouvernement libéral, a découvert notre Bureau d’enquête.

En février 2016, les enquêteurs de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) ont tenté de recenser tous les organismes de l’État québécois qui louaient des locaux appartenant à l’ex-grand argentier libéral par l’entremise de sa compagnie, Les Centres d’achats Beauward.

«Cette recherche démontre que 25 organismes du gouvernement provincial louent des locaux dans 10 emplacements propriété de Centres d’achats Beauward», précise une note policière dont nous avons pris connaissance.

On voit un document produit par l’UPAC pour faire l’inventaire de tous les baux gouvernementaux dans les locaux de l’entreprise de l’ex-argentier libéral.
Photo courtoisie
On voit un document produit par l’UPAC pour faire l’inventaire de tous les baux gouvernementaux dans les locaux de l’entreprise de l’ex-argentier libéral.

Ces découvertes ont été faites dans le cadre de l’enquête Mâchurer sur le financement politique illégal. Comme le révélait notre Bureau d’enquête lundi, les policiers tentent notamment de déterminer si Bibeau a tenté d’influencer son ami et ex-premier ministre Jean Charest.

Il n’est pas possible d’obtenir le montant des loyers que tous ces baux représentaient pour l’entreprise de Bibeau. En effet, nos nombreuses demandes d’accès à l’information sont très souvent refusées.

Nombreux contrats

Notre Bureau d’enquête a pu obtenir les contrats liant la Société immobilière du Québec et les entreprises de M. Bibeau, mais les montants du bail en cours ont été caviardés. Au total, nous avons comptabilisé une quarantaine de contrats de location gouvernementaux dans des immeubles qui appartiennent à la firme de Bibeau, répartis à travers une vingtaine d’organismes provinciaux.

Les enquêteurs de l’UPAC ont notamment identifié les locaux du ministère de l’Agriculture que le gouvernement loue au Carrefour St-Hyacinthe, qui appartient à une entreprise de Marc Bibeau.
Photo Martin Chevalier
Les enquêteurs de l’UPAC ont notamment identifié les locaux du ministère de l’Agriculture que le gouvernement loue au Carrefour St-Hyacinthe, qui appartient à une entreprise de Marc Bibeau.

Par exemple, aux Galeries et au Carrefour de Saint-Hyacinthe, qui appartiennent à la compagnie de M. Bibeau, on trouve notamment des bureaux de la Régie du logement, de la Société d’assurance automobile du Québec, ainsi qu’une SAQ, un Centre local d’emploi et un Tribunal administratif du travail.

Un sur cinq

Par ailleurs, une autre compilation des baux de la Société des alcools et de la Société d’assurance automobile effectuée par notre Bureau d’enquête permet de constater qu’une succursale sur cinq est établie dans un édifice appartenant à des donateurs du Parti libéral du Québec (PLQ).

Parmi ces donateurs, Marc Bibeau et son père Fernand, qui logent six SAQ et SAAQ, ont fait des dons au PLQ totalisant 31 750 $ de 2000 à 2016, selon les données du Directeur général des élections.

La Coalition avenir Québec réclame au gouvernement depuis quelques semaines les baux commerciaux de la SAQ. En commission parlementaire hier, le député François Bonnardel a réitéré sa demande directement auprès du président de la SAQ, Alain Brunet.

Pour la première fois hier, ce dernier s’est dit ouvert à divulguer ces informations aux élus, mais seulement au cours d’une rencontre à huis clos.

– Avec la collaboration de Marie-Christine Trottier

Des pressions sur une commission scolaire

Le directeur-général d’une commission scolaire a affirmé à la police avoir fait l’objet de pressions pour que son organisation renouvelle son bail avec une entreprise de Marc Bibeau.

En 2009, la commission scolaire de la Seigneurie-des-Mille-Îles étudiait différents scénarios de réaménagement de ses locaux, dont la possibilité de mettre fin à son bail avec une entreprise de M. Bibeau.

«Les négociations étaient assez corsées avec M. Bibeau», affirme le directeur Jean-François Lachance, dans une déclaration policière à laquelle nous avons eu accès.

«Un message»

«J’ai reçu un appel d’une personne dont je désire garder l’anonymat à l’effet que Dan Gagnier, chef de cabinet du premier ministre, passait un message sur le fait que je devrais lâcher prise dans ces négociations avec Marc Bibeau, car ça pouvait aller mal pour moi point de vue professionnel.»

Ce dernier a finalement signé un bail jusqu’en 2021 qui permet aux entreprises de M. Bibeau d’empocher environ un million $ par année, selon les informations qu’il a remises aux enquêteurs.

Par ces déclarations, M. Lachance confirme des allégations semblables de Lino Zambito, cet ancien entrepreneur en construction reconnu coupable de fraude en 2015.